Car ceci est mon sang, Nathalie Rheims

Il y a des bouquins qui vous mettent en rogne. Dès les premières pages, on regrette déjà les quelques euros dont on s’est fendu, participant ainsi au battage médiatique qui entoure la publication des auteurs qui – comme on dit – ont un nom et aux critiques dithyrambiques qui suivent sa publication. On se sent même coupable de trouver aussi lamentables, et dans la forme et dans le fonds, ces œuvres impardonnables qui transforment la littérature en une soupe populaire. Car, il faut malheureusement en convenir, elle se vend et même très bien, laissant sur la touche éditoriale de l’anonymat d’autres écrivains bourrés de talents. On devrait se méfier, il y a des signes qui ne trompent pas, souvent le nom de l’auteur s’y affiche si  grand qu’il bouffe la moitié de la couverture. Son bulletin de naissance est asséné. Ce qui prévaut n’est pas son contenu, sinon la célébrité, justifiée ou non, de son contenant. Ajoutons à cela que si son géniteur passe dans une émission télévisée à forte audience, c’est perdu d’avance pour celui qui ignorant jusqu’à l’existence de cette rareté littéraire, se laisse prendre à ce chant de sirène. Affirmons-le, il y a aujourd’hui pléthore d’inepties sur les rayons de nos bibliothèques.

Car ceci est mon sang de Nathalie Rheims en est l’un des derniers fleurons qui me soit tombée des mains. Le fameux programme On n’est pas couché porte parfois bien son nom lorsqu’on l’affuble de quelques points d’exclamations !

Voilà un bouquin qui prétend nous faire passer d’un monde à l’autre, du Visible à l’Invisible, de la médiocre matérialité à la jouissance amoureuse dans laquelle nous plongerait la rencontre avec un ange… Un être de lumière comme le qualifieraient tous les plumitifs de l’écriture sous influence du channeling dont le prosélytisme littéraire et moraliste envahit actuellement notre planète comme  autant de garde-fous pour échapper aux abîmes que nous avons sciemment construits. Le genre gourou de pacotille qu’il ait un nom ou qu’il n’en ait pas, fait aujourd’hui un tabac.

Le titre en lui-même… Car ceci est mon sang… nous envoie illico dans la promesse d’une quelconque Révélation qui nous aurait échappée et dans l’univers de la prophétie. Le catharisme ensuite dont le grossier filigrane historique se veut l’Ermite à la lampe de nos esprits pathologiquement manichéens et irrémédiablement égarés entre l’illusion et l’Autre Réalité, nous entraîne dans la lutte immémoriale entre le Bien et le Mal. L’extermination des hérétiques y devient croisade d’une pensée contre une autre, d’une conception du monde contre une autre, oubliant qu’elle fut d’abord et avant tout politique. La science enfin qui donne sa touche de modernité, dans son combat titanesque contre la Mort inéluctable, cherchant à percer le mystère de l’âme à travers les chemins qu’emprunte la dopamine dans nos cerveaux, sans trop s’émouvoir de l’éthique à laquelle elle obéit, les cobayes complaisants étant des enfants autistes. Le maître d’œuvre de l’expérience, un scientifique nobélisable, qui a pour éminence intellectuelle un moine érudit en métaphysique, finira par rejouer le pacte de Méphisto, la résurrection de son enfant contre l’abandon d’une prometteuse épopée scientifique et humaniste. Et pour donner de l’ampleur à ce qui en manque, de nombreuses références culturelles sont lancées en semailles à notre inculture supposée.

Un livre de suspense mystique ont dit certains. Certes… J’en conviens, si la spiritualité se réduit à un  discours amoureux et hormonal, que son absence de transmutation charnelle renvoie dans les cordes d’une mystique bling bling.

Têtue, je me suis essayée au Cercle de Megiddo. A cette phrase consternante qui ouvre Car ceci est mon sang : « Une divinité semblait planer sur la Ville Sainte » est venue lui faire écho celle-ci, tout aussi  affligeante : « sur la route, les barrages se succédaient. La Palestine, ses territoires occupés, défilait sous ses yeux attentifs. Etait-il possible que toutes ces horreurs cessent, que la paix revienne ?« 

Le cercle des lieux communs s’avérait sans fin…

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott  – 2011

Publié sur Passion Bouquins

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