Le Monarque, son Fils, son Fief

de Marie-Célie Guillaume

Entrer en politique, en religion, en business, en littérature ou en art, bref dans tous ces grands bazars qui font résonner les trompettes de la renommée à nos oreilles éblouies, avant que nous en percevions la cacophonie, ne dépend que de la porte que l’on prend. Et malheureusement, d’une époque à l’autre, d’une chapelle à l’autre, d’un royaume à l’autre, elles demeurent inchangées. Celle de l’intégrité est la moins fréquentée et ses passants y font souvent figure d’anachorètes décalés. Celle des besogneux est surpeuplée de gens anonymes. Là encore, les officiants sont multiples. Il y a ceux, nombreux, qui font leur boulot honnêtement sans chercher plus loin que ce qui leur est demandé, petites mains productives, celles de la France d’en bas aurait dit le Monarque, sans qui rien ne fonctionnerait et à qui tous les autres, du haut en bas de l’échelle, doivent néanmoins leur pérennité. S’y presse également en ordre hiérarchique la piétaille courtisane, prête à donner et à recevoir tous les coups foireux, tant elle est tenaillée par la fièvre d’appartenir au cénacle du pouvoir, d’en partager sinon les privilèges, du moins d’en déguster les miettes, être connu plutôt que reconnu étant le traître mot de ce pathétique parcours d’obstacles. Et plus on s’approche de la porte célestielle, celle qui sépare le puissant de l’obscur, le politique du peuple, le décideur du décidé, le chef de ses ouailles, l’élu et ses sbires de l’électeur, plus ça pue.

On aimerait que Le Monarque, son fils, son fief de Marie-Célie Guillaume ne soit qu’une fable politique homérique, une satire féroce maniant à l’excès la caricature de ceux qui affirment nous gouverner au nom de notre mieux-être, tout en déclamant la France (Le Vieux Pays) sur tous les registres possibles. Hélas, il n’en est rien. Les personnages qui déguisent des êtres de chair et de sang, facilement identifiables, n’ont rien de pittoresque. Le Monarque, girouette assujettie à ses fantasmes grandiloquents et à ses diktats capricieux, gère sa cour selon ses sueurs intimes de l’instant. Un panier de crabes pathétique d’ignominie carriériste et personnelle où s’agitent et parfois se noient des fous furieux tels Cinglé Picrochole à la violence éruptive ou le couple hystérique des Thénardier, des lèches-bottes éculés à force de les avoir essuyé sur tous les paillassons des ministères tel Muet d’Orsay ou Culbuto du Centre, des maffieux sans état d’âme comme le Parrain Don Léonard, le paranoïaque préfet Tigellin ou le littéraire frustré Maître Jourdain, sans oublier son fils, le Dauphin, fruit de tous ses complexes. Ils sont pléthore, ces derviches à la psychologie déjantée, bien décidés à abattre ce qui déplait à leur seigneur et maître, dont l’Arménien l’ami de toujours, et l’auteur du livre, la Baronne.

L’ouvrage lui fut sans doute une saine thérapeutique pour évacuer cette passion glauque de la politique, ou plutôt du pouvoir, à n’importe quel prix, en dessous de la ceinture, en dépit du bon sens, où le cynisme fait office de poison et la haine, d’assassinat manucuré. Mais et c’est dommage, son livre ne sera certainement pas cathartique au point que nous retournions notre carte d’électeur à cette bande de pervers et de mégalos, passés présents et futurs.

© Mélanie Talcott  – 08/07/2012

 Publié sur Passion Bouquins

Le Monarque, son fils, son fief, de Marie-Célie Guillaume
Editions du Moment
ISBN : 9782354171605

 

Quelques personnages de l’ouvrage
Le Monarque / Rocky: Nicolas Sarkozy, élu à la tête de la France, il est originaire des Hauts-de-Seine.
La première Première dame: Cécilia Sarkozy, épouse du Président, accompagna l’ascension de son mari et le quitta peu de temps après son élection.
La deuxième Première dame: Carla Bruni-Sarkozy, épouse du Président, chanteuse et ex-top model. Elle l’épousa quelques mois après son divorce de Cécilia.
Préfet Tigellin: Claude Guéant, collaborateur le plus proche de Nicolas Sarkozy. Ses champs de prédilection sont les Affaires intérieures et la diplomatie parallèle. Ancien disciple de Charles Pasqua, Don Léonard, il connaît bien les Hauts-de-Seine et continue à surveiller ce qui s’y passe.
Hareng Saur: Eric Cesari, homme de main de Claude Guéant.
Maître Jourdain: Henri Guaino, plume du Président. Disciple de Jules Michelet, il truffe les discours du Président de références historiques lyriques et approximatives.
Conseiller aux Cultes: Patrick Buisson, journaliste, politologue, est l’homme qui murmure à l’oreille du Président. Inspirateur de sa posture droitière, focalisée sur les questions d’immigration et d’identité nationale.
Langue-de-VIP: Pierre Charon, bouffon du Président, roi des imitations et des potins en tout genre. Nommé responsable des chasses présidentielles en récompense des services rendus.
Langue-de-Bois: Franck Louvrier, porte-parole du Président. Il fabrique les éléments de langage destinés à la presse et les distribue aux perroquets officiels chargés de relayer la bonne parole. Parmi eux:
La Pravda: le Figaro.
Cheftaine: Emmanuelle Mignon, conseillère atypique et inclassable du Président, connue pour son caractère de cochon et sa puissance de travail.
Sherpa Marly: Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du Président.
Muet d’Orsay: Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères.
Gazelle du Sénégal: Rama Yade, ministre des Droits de l’homme puis du Sport.
Belle-Amie: Rachida Dati, garde des Sceaux.
@fdebeauce: François Fillon, discret et endurant Premier Ministre.
L’Arménien: Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine, désigné par les élus UMP du département pour succéder à Nicolas Sarkozy après son élection au poste de Président de la République.
Le Dauphin: Jean Sarkozy, fils du Président, élu au conseil général des Hauts-de-Seine à vingt et un ans.
Don Leonard: Charles Pasqua, figure tutélaire des Hauts-de-Seine, dont il fut le président du conseil général. Désormais en semi-retraite, il préside une université financée par le conseil général.
Les Thénardier: Isabelle et Patrick Balkany, couple indissociable à la réputation sulfureuse. Meilleurs amis du Président. Patrick est député-maire, Isabelle est vice-présidente au conseil général, autoproclamée marraine politique de Jean Sarkozy.
Trépané du Local: Alain-Bernard Boulanger, maire et premier vice-président au conseil général des Hauts-de-Seine.
Cinglé Picrochole: Philippe Pemezec, maire et vice-président au conseil général. Ancien chef de cabinet de Devedjian, il est nommé secrétaire du Parti à l’instigation de Jean Sarkozy.
Culbuto du Centre: Hervé Marseille, maire et vice-président au conseil général, il y représente la sensibilité centriste. Comme le chef de son parti, il est connu pour ses blagues et ses imitations.
L’Humoriste Attitré: André Santini, connu pour ses blagues et ses imitations.
Dioraddict: Marie-Cécile Ménard, amie de jeunesse de Nicolas Sarkozy. Elle lui succède comme représentante de Neuilly-sur-Seine au conseil général.
Duchesse Aquarel: Béatice Jérôme, journaliste au Monde.
Papillon Kabyle: Saïd Mahrane, journaliste au Point.
– etc.

 

 

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