Le mythe de la taverne… Edmonde Vergnes

La bonne chère et le bon vin, s’ils réjouissent le corps, délient aussi les langues, quelle que soit la qualité des convives. Et ceux-là, certes, ne manquent ni d’esprit ni de répartie. Au début, timides, s’observant les uns les autres, attendant de Platon qu’il soit leur maître à danser de cet incongru banquet qui se fout des époques, du temps passé et à venir, et où doivent briller les seules étincelles d’une fête réussie dans l’instant vécu, ils se saluent, se congratulent, circulent de l’un à l’autre verre en main, se rappellent d’une phrase, d’un bon mot, la quintessence des théories masturbatoires avec lesquelles ils se sont bâtis une vie.  De ripailles en victuailles, de bouteilles d’excellence au verre vite bu, bientôt les corps relâchent leur vigilance, la bienséance se fait dionysiaque, les egos se dépouillent de leurs armures, l’effeuillage des idées met à nu l’étroitesse dans laquelle elle enferme les esprits, aussi brillants soit-il. Une belle cacophonie méchante, mesquine, cynique et dérisoire. Rien n’est vrai, rien n’est faux, tout est relatif. Le café du commerce des philosophes ressemble étrangement à celui des êtres ordinaires, lorsque tombent les masques. Les premiers dont la prétention est de vouloir donner des leçons aux seconds et de leur dévoiler les mystérieux méandres de l’inconduite humaine à coups de théories dont la seule validité perdure tant qu’elle n’est pas remplacée par une autre, redeviennent ce qu’ils semblent avoir toujours fui, des hommes… avec leurs contradictions et leurs conflits, leurs mesquineries et leurs préjugés, bref leur grandeur et leur pathétisme. Kant l’inquisiteur, Descartes le prudent, Sartre le plagiaire, Épicure le joyeux drille, Socrate l’esthète amoureux des éphèbes, Leibniz l’utopiste, Hume le sceptique, Freud le sexologue frustré, Schopenhauer le pessimiste, Nietzsche le libertaire… Tous s’étripent à belles dents et du bout du cœur, ne s’accordant que sur une chose, la femme. Celle-là, qu’ils l’admirent ou la détestent, leur flanque une trouille bleue. Et c’est l’une d’elles, le Castor, la Beauvoir – dont le choix ne me parait pas être le plus judicieux et c’est le seul bémol que je mettrais subjectivement à ce banquet baroque, talentueux et bourré d’humour, auquel nous convie avec brio Edmonde Vergnes-Permingeat – qui viendra leur rappeler que la vie est toujours là, dehors, à les attendre.

 Comme l’a joliment écrit Michel Onfray : on ne philosophe pas par procuration, pas plus qu’on n’effectue un voyage pour le compte de quelqu’un d’autre.

 

Le banquet des philosophes, d’Edmonde Vergnes-Permingeat
ISBN-13:978-2917662519<
Editeur : Irène Pauletich (1 septembre 2009)

 

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott  – 22/06/2012

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