Mama mia, de Camille Arman

Il suffirait que l’on ajoute un point d’exclamation au titre du roman, Mama mia, de Camille Arman, pour prendre la pleine mesure de l’ambigüité qui enveloppe nos sentiments, ceux-là même qui nous structurent dès le berceau. Être enfant n’est pas simple, être parent n’est pas facile, cela s’apprend. L’auteur de Mama mia aborde non sans émotion imprégnée de colère, un sujet qui nous renvoie à nous poser cette question épineuse que l’on évite fréquemment : qu’est-ce qu’une mère, un père, une grand-mère ou un grand-père ? Qui se cache réellement derrière tous ces vocables civils ?

Alice et Camille, un tandem, une mère et une fille, qui s’opposent farouchement depuis que la première a donné naissance à la seconde. Une lutte sourde, violente dans sa mutité, destructrice dans un amour qui se dérobe, voire se refuse, et ne veut dans aucun cas ni se dire, ni s’avouer vaincu et encore moins se vivre. Des années durant, mère et fille campent sur leurs positions, s’observent, se critiquent, se déchirent non sans une certaine complaisance jouissive, se mesurent à l’aune de leurs gestes et de leurs mots, les bien vivants et ceux qui prennent chair dans leur absence, voulue ou non. Elles souffrent ensemble en parallèle d’une profonde incompréhension mutuelle. Les pathologies de l’amour sont infinies. Il faudra la disparition discrète de la première pour que la seconde consente au dialogue qui lui avait toujours été refusé. Mais est-ce vraiment un dialogue, ce long monologue creusé dans une éternité façonnée par l’absence maternelle ? Car cet hommage amoureux où le souvenir renvoie sans cesse à l’interrogation qui demeurera hélas sans réponse, où la nostalgie tamisée de tendresse le dispute à la tristesse de la petite fille qui se sent abandonnée et mal aimée, ou en tout cas pas comme elle le conçoit et en a besoin, où enfin, le présent de la narratrice, devenue à son tour femme et mère, se mêle au décryptage du passé, révèle une figure maternelle tronquée en proie à une affection cannibale pour sa fille Camille.

Qui est victime, et de qui ou de quoi ? Qui est complice, et de qui ou de quoi ? La mère victime de son enfance déchirée et austère, de son éducation rigide, collaboratrice de sa foi bigote, de son mariage sans épanouissement, ou de son choix, consenti plutôt que subi, de se planquer derrière la multiplicité des taches quotidiennes et des convenances, de son refus à s’impliquer dans sa propre vie et de rompre enfin avec le monde qu’elle s’est patiemment construit afin de s’exiler volontairement de celui où elle existe et qu’elle désespère de contrôler au prix de son propre anéantissement ? Sa fille, proie de l’égoïsme laminant de sa mère qui arma ses rejets d’enfant et plus tard, nourrit d’elle-même ses rebellions convenues d’adolescente et d’adulte, la décousant à vif d’amours malheureux, la tourmentant de dépressions jusqu’à la plonger dans l’anorexie ? L’absence d’appétit à vivre de la première contre la fragilité de ce même appétit de la seconde.

Le non-dit jamais digéré, la rancœur aussi tenace que son silence, le mépris dissimulé, le ras-le-bol permanent, parfois même le désir caressé que la terre engloutisse illico celui ou celle qui cimente notre indifférence armée, tissent aussi la complexité de nos relations au plus intime. La disparition d’un être cher nous le rappelle souvent douloureusement.

A ne pas manquer la méditation des pull-overs !

Mama Mia, de Camille Arman
Editeur : Publibook (31 mars 2010)
ISBN-10:2748352548


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