Monsieur Sapiro, de Benny Barbash

La fameuse histoire de Tchouang Tseu qui ne sait s’il rêve qu’il est un papillon ou si c’est le papillon qui rêve qu’il est Tchouang Tseu, illustre fort bien la thématique de Monsieur Sapiro, de Benny Barbash.

Miki, publicitaire sur le déclin, homme sans envergure, ennuyeux et trouillard aimerait être quelqu’un d’autre, quelqu’un dont la vie ne serait pas faite d’une accumulation de trahisons silencieuses, de lâches dérobades, de compromis sans gloire, d’abstinence sexuelle conjugale et autres coups de boutoirs distraits. Bien trop couard pour en décider lui-même, il aimerait que le destin le projette inespérément dans une vie plus émoustillante. Monsieur Sapiro, talentueux faussaire en tableaux de maître, qui git quelque part au bout d’un appel téléphonique dans l’attente de sa prise de corps par son double pathétique, incarnera-t-il ou non la rédemption salvatrice extraordinaire d’un cinquantenaire tout à fait ordinaire ?

Un labyrinthe de pensées interlopes, de duplicité et d’allers et retours impro-bables entre deux vies et deux personnages qui somme toute, sont la copie conforme l’un de l’autre dans le cynisme, la mesquinerie, l’égoïsme et les fantasmes sexuels traduits ou non en acte, nous plonge, parfois lourdement, dans la valse-hésitation psychique et besogneuse de Miki, dont le seul but semble de devoir se livrer à une permanente autopsie de lui-même, en se comparant, dans ce jeu de miroirs multiples, à un autre qu’il perçoit plus réussi que lui et qui semble néanmoins n’en figurer qu’une version rehaussée, que l’on qualifierait aujourd’hui de bling-bling.

La thématique entre Eros et Thanatos, entre déroutes ordinaires et victoires fallacieuses, était prometteuse. Le résultat l’est beaucoup moins, malgré une très belle écriture et de belles réflexions, émaillés de moments de bonheur quand Barbash nous parle de peinture. Trop de digressions, parfois volontairement répétées, parfois inconsciemment répétitives, pour finalement nous offrir une vie par procuration aussi gluante qu’étriquée, où l’émotion est plus souvent présente sous la ceinture que dans le ressenti.

On demande Monsieur Sapiro… Qui franchement aurait envie de répondre à cette injonction après avoir intimé avec Miki ? Comme le dit joliment un proverbe yiddish : l’homme fait des projets et Dieu rit. Décidément, celui-ci n’a pas fini de se marrer…

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott  – 2013
Dramaturge, écrivain, scénariste, Benny Barbash est né à Beer-Sheva, en Israël en 1951. Monsieur Sapiro est son troisième roman publié chez Zulma, après Little Big Bang et My First Sony.

 

Publié sur Passions Bouquins

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