Lève la tête, sois un Rom… Matéo Maximoff (III)

Sélection de photographies de Dusko Miljanic présentées dans le cadre de l’exposition Barvale, 32 portraits en couleur de Roms, dont deux enfants, qui ont réussi leur vie. Dusko Miljanic a photographié des musiciens, des chefs cuisiniers, des sportifs célèbres, des politiciens, des acteurs, des hommes d’affaires et d’autres personnes encore.

 

Matéo Maximoff fut l’un des premiers écrivains Rom en langue française. Je l’ai découvert par hasard en faisant des recherches sur la littérature tsigane. Difficile aujourd’hui de trouver ses livres ! Aussi, je tiens à remercier sa fille, Nouka, sans l’aide de qui cette chronique, constituée de trois volets, ne serait restée qu’une idée… Voici la dernière partie

I . – Casse toi, pov’Rom : publiée le 13 juin 2012
Présentation de Matéo Maximoff à travers l’histoire (succinte) des Roms, de leur origine jusqu’au fin XIX°.

II . – Chez nous, les Roms : publiée le 20 juin 2012
Approche de la société Rom Kalderash à travers l’œuvre de Matéo Maximoff

III . – Lève la tête, sois un Rom : publiée le 27 juin 2012
Le génocide des Tsiganes à travers l’œuvre de Matéo Maximoff

 

Drapeau des Roms

 

Lève la tête, sois un Rom

Il n’y a pas trace, dans les récits de Matéo Maximoff, de cet ordonnancement de lieux et de dates qui nous rassure autant qu’il enferme notre esprit dans la cage factice du rationalisme et du cohérent, bien que dans le même temps, nous envions ces Tsiganes que l’on regarde transiter d’un campement à l’autre, d’un pays à l’autre. On les envie un instant de n’avoir, croit-on, qu’à rendre des comptes à eux-mêmes, loin du brouhaha du monde auquel ils ne participent, aujourd’hui comme hier, que contraints et forcés. Mais on les maudit tout aussi facilement qu’on les assimile à ces jeunes adolescentes d’Europe de l’Est qui nous font les poches dans le métro. Ils ont mauvaise réputation, on les accuse, hier comme aujourd’hui, de tous les maux et certes, ce n’est pas toujours à tort. Mais le Tzigane ne s’en défend pas, et puisqu’une légende à été créé autour de lui, il l’entretient… […] Sa légende est une sûre garantie de sa tranquillité.1

L’invisibilité de cette frontière entre notre monde statique et le leur, plus mobile que nomade, va au-delà de deux façons opposées de vivre et de s’inscrire au monde. La terre appartient, nous dit Maximoff, à ceux qui la gardent et le monde à ceux qui le connaissent, mais qui peut le connaître mieux que nous ?… […]… Nous savons nous y reconnaître comme si nous avions un sixième sens. Pour nous, le pays, la nation ne compte pas. Et la ville encore moins. Arrivés aujourd’hui, nous repartons demain... […]… La politique, parlons-en ! Quelle est la nation, le roi, l’empereur, le président ou le dictateur qui a bien voulu s’occuper de nous, sinon pour nous emprisonner, nous incorporer dans ses armées pour défendre une terre qui n’est pas la nôtre, ou encore pour nous chasser de son pays dans l’espoir d’embarrasser son voisin. Souvent aussi pour nous massacrer et s’emparer du peu de richesses que nous possédons. Il y a eu le Juif errant, il a trouvé une nation. Il y a encore le Rom errant, mais lui ne veut pas de nation.2 Voilà en quelques mots, fort bien résumée toute la problématique qui oppose les Roms et les Gadjé, une guerre pacifique, parfois sanglante sont nous sommes toujours les perdants.3 Le rejet et la ségrégation, les actes de violence dont les Roms sont encore victimes dans de nombreux pays, est la conséquence millénaire, directe et indirecte, de cet antagonisme.

Mais cela ne justifie en rien toutes les exactions commises depuis quasi la nuit des temps envers les Roms dont la conclusion horriblement logique fut le Samudaripen, le génocide hypocritement oublié, voire inavoué, des Tsiganes durant la seconde guerre mondiale. Sans en stigmatiser l’indicible, Matéo Maximoff nous raconte cette lente montée meurtrière. Quelque part dans les Balkans, du moins le suppose-t-on, Kantchi, héros de Condamné à survivre, condamné à mort par les siens pour avoir tué sa femme qu’il soupçonnait d’adultère, commence sa longue errance en échappant à la pendaison, une jeune servante ayant été violée par le fils du maître, peut-être un Boyard et un quelconque vagabond ferait un excellent coupable. Il traverse villes et villages, croise des Roms sur les marchés, dont un jour, Pervo, son beau-frère. Pour sauver sa peau, il agressera un policier, sera mis en prison, deviendra ami de Fassi, de sa femme et de sa sœur Rakli, qui porte le même nom que sa petite fille. Plus d’un millier de prisonniers est alors déporté, mais avant de monter dans le train, un Rom sera pendu pour l’exemple, pour nous faire peur, car dans ce pays, avec ce régime, on tue facilement des innocents.4 Suite à une attaque conjointe du train et par les Roms de la tribu de Fassi – depuis son départ du pénitencier, il était suivi de toute sa tribu5 – et par les prisonniers politiques et leurs appuis extérieurs, il s’évade et rejoint la tribu de Fassi. Les années passent, il épouse Rakli avec qui il a quatre enfants et on les retrouve quelque part, en pleine révolution russe. Nouvelles péripéties, nouvelle fuite : Les Rouges fusillent n’importe qui et pour n’importe quoi, les accusant d’être des Blancs. De leur côté, les Blancs en font autant. Et souvent sans le vouloir, car ils ne savent pas où ils sont, les Roms se trouvent au milieu.6 … […]… Souvent ils sont fusillés par les Blancs comme espions rouges et par les Rouges comme espions blancs. Eux qui n’ont jamais fait de politique ni défendu aucune terre, les voici victimes désignées des deux clans.7 Libérées mais toujours persécutées, les tribus – plusieurs milliers d’individus – se rassemblent et décident de se séparer en plusieurs groupes. Kantchi et sa famille s’en vont vers le Sud. Sur leur route, bien accueillis par un village, ils se sédentariseront un temps. Kantchi ouvrira un atelier de chaudronnerie, ses enfants iront à l’école et il deviendra pentecôtiste – tout comme Matéo Maximoff – avant de s’enfoncer toujours plus profondément vers le Sud, jusqu’à la mer, quelque part en Europe. Devenu veuf, il part pour l’Amérique, ne s’y sent pas à l’aise, revient en Europe, désormais il partage son existence entre la France, la Belgique, l’Allemagne8 et l’Espagne. Tantôt ici, tantôt là… les années passent, ses fils et ses filles se marient. Chacun achète une voiture qui tire une camping… […]… Le Rom minable du passé s’est petit à petit transformé en homme d’affaires…[…]… Mais, c’est au moment où le Rom se croit le plus en sécurité que la catastrophe fond sur lui : c’est le nazisme.9 Et contrairement à ce que bien des auteurs ont écrit, les Roms ont été malmenés et persécutés souvent même avant les Juifs.

Le triangle marron des camps nazis avec le Z de Zigener

Remontons donc dans l’Histoire, quelque part en Allemagne. En 1899, un bureau des affaires tsiganes y fut créé et en 1905, fut établie une liste, la Ziguener-Buch, recensant tous les Roms présents sur le territoire. En 1926, des lois de contrôle de la plaie tsigane furent promulguées, suivie en 1928 par leur surveillance spécifique et permanente, la stérilisation eugénique en 1933 et l’inter-diction des mariages mixtes en 1934. Les Tsiganes non métissées (les Sinti et les Lalleri) reçoivent un passeport brun, les métis un passeport bleu ciel et les nomades un passeport gris. En 1936, le pédopsychiatre Robert Ritter10, spécialiste en biologie criminelle et fervent défenseur de la délinquance génétiquement déterminée, fut nommé chef du Centre de recherches sur l’hygiène raciale et la biologie des peuples. Il fut secondé dans son recensement des Tsiganes par une anthropologue, Eva Justin11, qui connaissait la langue Rom. Ils conclurent que la grande majorité des Tsiganes, de pure origine aryenne, était devenue de sang mêlé et dégénéré et représentait un danger pour la race allemande et recommandèrent, en conséquence, la stérilisation de toutes les femmes en âge d’être mère. Quant à ceux jugés purs, ils devinrent objets de recherche scientifique dans les mains, entre autres, du docteur Ritter et d’Eva Justin à Uckermarck (camp de Ravensbrück) qui, le plus tranquillement du monde, après la guerre, ouvrirent à Francfort, une consultation en psychologie. En 1936 également, avant l’ouverture des Jeux Olympiques à Berlin, on regroupa tous les Tsiganes dans des camps de travaux forcés, les Zigeunerlager, avant d’envoyer les survivants dans les camps de la mort. Les déportations massives commencèrent en 1939 et en février 1940, les nazis testeront le zyklon B sur des enfants Tsiganes. En décembre 1942, Himmler signa l’ordre de déportation de tous les Tsiganes d’Allemagne. 

Dans les pays sous occupation nazie, leur sort ne fut guère plus enviable. En Hongrie, en Yougoslavie, en Albanie, en Pologne où ils furent aussi enfermés dans les ghettos juifs, comme le raconte Matéo Maximoff, aux Pays bas, dans les Pays Baltes et toutes les zones occupées où sévissaient les unités mobiles d’extermination, les Einsatzgruppen, ils furent massacrés, en même temps que les Juifs et les responsables communistes. En Bohème, en Moravie et en Lituanie, la population tsigane fut complètement exterminée. En Roumanie fasciste, fut créé en 1938 un Commissariat Général aux Minorités, plus spécialement chargé de la question tsigane. La Garde de Fer, une légion fasciste nationaliste, connue également comme la Légion de l’Archange Michaël, créée en 1927 par Codreanu et auquel adhérèrent Emil Cioran, Mircea Eliade et Ionesco12, qui s’excusèrent ensuite prudemment de ce péché de jeunesse, devint une pièce importante du pouvoir en 1938 sous l’impulsion de Horia Sima, violemment antisémite et successeur de Codreanu. En 1941, Sima devint vice-président du Conseil des Ministres et avec sa pleine bénédiction, s’ouvrit alors la chasse aux Juifs et aux Tsiganes. Ceux-ci furent alors déportés en Transnitrie, dans un camp d’exter-mination à ciel ouvert où ils moururent par milliers de froid, de faim et de maladies quand ils ne furent pas exécutés sur place.

Matéo Maximoff ne raconte pas les faits de cette Shoah oubliée, sinon pour souligner que le nombre officieux de ses victimes surpasse largement le nombre officiel, sinon pour déplorer que nul ne se soucie d’en honorer la mémoire, et encore moins de la reconnaître. Son brouhaha douloureux traverse pourtant ses romans et nouvelles. Il raconte l’exode des Roms, qui fuient comme tant d’autres, la mort qui de la terre au ciel, guette ses proies, mais une certaine pudeur le retient. Il brouille les pistes, les lieux et les dates restent flous, peut-être parce que l’Histoire des hommes finit toujours par rattraper ses victimes, qu’ils soient ou non Roms. Elle a pour évocation celle bouleversante de Luludji et Rakli,13 et celle, entrevue, de toutes ses femmes Tsiganes, repos forcé du gradé nazi ou encore les cadavres amoncelés de quelques deux cent personnes, fusillées pour le plaisir. Une petite fille – ultime survivante – vêtue de rouge, jouant avec une pomme comme d’une balle, croise sur sa route, les bourreaux qui rigolent encore de leur exploit. Elle sera mitraillée dans le dos, car après tout rien ne justifiait qu’elle vive. Il raconte aussi son histoire à lui, celle des Roms Kalderash ou non. Elle a pour boussole la peur et la confusion qui poussent les populations à s’agglutiner à Bordeaux, puis à la frontière espagnole que chacun essaie de franchir avec ou sans papiers. Les dénonciations fusent, inclus de la bouche de certains Roms, prêts à tout pour sauver leur peau. Ils repartent dans l’autre sens et sont emmenés au tristement célèbre camp de Gurs. D’abord construit pour y interner les réfugiés républicains espagnols, ce camp conçu pour y parquer 20 000 personnes, accueillera ensuite tous les indésirables français ou non, puis les Juifs, livrés aux Allemands par les autorités françaises, avant leur déportation à Auschwitz et enfin, les Tsiganes. Rien qu’à la vue de ce lieu, les Roms et les autres avaient envie de s’échapper. Mais pour aller où ?… […]… D’ailleurs des soldats entouraient les camions, prêts à tirer sur ceux qui tenteraient de fuir.14 En avril 1941, après avoir croisé à Oloron Saint-Marie, des wagons remplis de bêtes humaines – chose que les habitants de cette commune ne pouvaient ignorer – de pauvre Juifs dont la plupart était connus des Roms puisqu’ils avaient été ensemble dans le camp de Gurs,15 ils seront largués sur le plateau de Lannemezan, là où il n’y avait rien ! Rien qu’un terrain  vide qu’on appelait le plateau de Lannemezan, vaste et nu (et infesté de serpents). Au milieu, un seul arbre. A droite, une usine chimique et à gauche, de l’autre côté de la route, une petite forêt… […]… Le sol était spongieux. Quand on marchait les pieds s’enfonçaient dans la mousse et en sortaient mouillés. C’est là que les Roms et leurs familles, jeunes et vieux, sains ou malades, durent s’installer. Leurs papiers d’identité leur furent confisqués.16

Carte (partielle) des camps

En France, du Nord au Sud, en zone occupée ou non, on comptera une trentaine de camps d’internement réservés aux seuls Tsiganes, gérés par les autorités françaises, avec interdiction par décret présidentiel (1940) de circuler sur tout le territoire, et lorsqu’ils s’en évadent, les Roms y seront reconduits par de bons Français, puis souvent durement sanctionnés, avant d’écoper d’une amende. L’État français ne subvenait pas aux besoins des nomades et ne leur distribuait ni argent, ni nourriture, ni vêtements.17 Peur, faim, froid, maladies auront raison des plus faibles. En dehors des heures autorisées, de huit à onze heures le matin,18 ils n’ont pas le droit de quitter le camp. Sans travail, pas d’argent et sans argent, pas de quoi nourrir les familles. Matéo Maximoff qui était le seul à savoir lire et écrire envoya une requête au préfet des Hautes-Pyrénées sollicitant l’autorisation de se déplacer dans les départements limitrophes pour y chercher du travail. Autorisation accordée, leurs conditions de vie s’améliorèrent. Arriva la Libération, beaucoup de Roms, dont Matéo Maximoff, remontent vers Paris : ce n’était pas encore vraiment la paix, mais ce n’était déjà plus tout à fait la guerre qui s’éloignait de plus en plus de Paris.19 Il y retrouva Luludji, qui par miracle était encore vivante après tout ce qu’elle avait subi. Il l’épousa selon la loi des Roms,20 mais elle mourut huit mois plus tard. Les journaux commençaient à parler de l’extermination des Juifs, mais pas la moindre allusion aux Tsiganes et à tous les autres (opposants, communistes, handicapés, homosexuels, etc.). La vie reprend son cours…

A la fin de Dites-le avec des pleurs, Maximoff abandonne complètement la narration au profit de faits concernant l’internement et le génocide tsigane. Il reproduit dans son intégralité le discours de Bogomila Michalewicz, écrivain polonaise, intitulé L’holocauste des Tziganes en Pologne, suivi de témoignages de Tsiganes, interviewés par Matéo Maximoff. Enfin, résonne la voix du Papo, que je soupçonne être celle de Maximoff. Il s’adresse particulièrement aux plus jeunes de ses frères Roms. Que va-t-il leur advenir à l’aube de ce XXI° siècle, où le monde va à sa perdition, ce monde qui le sait et en a peur, dans ce monde où tous nos enfants naissent dans des maternités et sont déclarés à l’état civil. A leur majorité, ils deviennent citoyens des pays où ils sont nés et peuvent ainsi obtenir des cartes d’identité et des passeports, et voyager comme n’importe qui… […]… Mais Dieu merci, si nous avons été obligés de devenir sédentaires, nous avons gardé l’habitude de nous regrouper, d’acheter de petites maison et aussi des terrains…[…]… Nous avons très peu de relations avec le monde qui nous est extérieur, sauf avec les Gadjés lorsque cela est nécessaire à notre commerce. Non pas que les autres ne nous aiment pas, mais nous les gênons. Nous menons une vie qu’ils auraient voulu vivre… […]… Quel est notre avenir ? Où devons-nous aller ? Est-ce notre dernier voyage ? L’Europe devient de plus en plus libre et nous de plus en plus prisonniers de lois et règlements qui nous ignorent…   Mes frères, le plus grand danger qui menace notre peuple, ce sont les extrémismes. Des deux côtés, je veux parler des dictatures de gauche comme de droite.22

Lire Matéo Maximoff est donc aussi prendre mesure de cet ostracisme qui nous rend aveugles aux uns aux autres, tant de la part des Roms qui veulent demeurer Fils et Filles du vent, traversant les pays sans rien leur concéder, à tort ou à raison, si ce n’est la jouissance de leurs droits, s’y installant parfois et comme tant d’autres gens dits d’ailleurs, refusant d’en partager les difficultés, les souffrances et les joies, que de la nôtre, convaincus que notre façon de vivre est la seule apte à garantir notre sécurité et nos biens, voire même l’idée que nous nous faisons du “bonheur”. Si notre espace vécu est limité par un cadre étatique s’ordonnant autour d’institutions et législations à démocratie variable, de contrôles d’identité, fiscaux ou douaniers, le leur repose sur leur périple séculaire qui les a conduit d’un bout à l’autre du monde et s’est tissé au fil du temps autour de relations tribales et familiales, et de libre échange commercial. Notre cadre étatique, avec toutes ses contraintes, ne peut que représenter une entrave à leur mode de vie. Les différents récits de Matéo Maximoff nous font palper ce qu’il y a d’irréconciliable entre ces deux approches, entre le Rom et le Gadjé qui ne se considèrent pas comme faisant partie ni du même monde, ni de la même fraternité humaine. Ils sont et demeurent étrangers l’un à l’autre et de part et d’autre de cette frontière invisible, il n’y a ni implication, ni partage. Chacun pour soi et Dieu pour tout semble malheureusement une spécificité humaine.

Dit tout cela, il n’en demeure pas moins vrai que j’ai aimé chez cet homme, son humanité et sa noblesse, sa générosité et son souci du partage, tant pour laisser une inscription de son histoire chez les siens qu’ouvrir un espace empathique dans nos mémoires et cela d’autant plus, que nous vivons une époque où le nomadisme jette aujourd’hui sous nos routes et à nos portes, venus de tous les horizons, les nouveaux Tsiganes de la modernité.

Voyage, les Tsiganes en France, par Roberto Neumiller, eds. Glénat, 1982.

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott – 27/06/2012

 

Notes
1.– La Septième fille, p. 11.
2.– Condamné à survivre, p. 75.
3.– Ibidem.
4.– Condamné à survivre, p.46.
5.– Ibidem, p.70.
6.– Id., p.75.
7. – Id., p.122.
8. – Ib., p.173.
9. – Ib., p.181 et suivantes.
10. – Robert Ritter : http://povcrystal.blogspot.fr/2006/07/dr-robert-ritter-and-roma.html
11. – Eva Justin.
12. –Über Deutschland – Aufsätze aus den Jahren 1931–1937 , recueil d’articles de jeunesse dans lesquels Emil Cioran exprimait son admiration pour le système qui se mettait alors en place en Allemagne et pour l’homme qui le conduisait : dans le monde d’aujourd’hui, il n’existe pas d’homme politique qui m’inspire une sympathie et une admiration plus grande que Hitler”.
Voir également : Alexandra Laignel-Lavastine, Cioran, Eliade, Ionesco : L’oubli du fascisme. Trois intellectuels roumains dans la tourmente du siècle, Paris, puf, « perspectives critiques », avril 2002.
L’engagement de Cioranne fait lui non plus aucun doute. Compagnon de route de la Garde de fer, il est séduit par Hitler en 1934, par Doriot en 1937, et il multiplie les déclarations antisémites. Alexandra Laignel-Lavastine a découvert qu’il était retourné en Roumanie en 1940-1941, pour y tenir le même type de discours. Dans Le trio des Carpates, Didier Sénécal,  Lire, publié le 01/04/2002.
13. – Dites-le avec des pleurs, p.205.
14. – Ibidem, p. 146.
15. – Ibidem, p. 149.
16. – ibidem, p.160.
17. – id, p.163.
18. – id, p.169.
19. – id, p.184,185.
20. – id, p.185 et suivantes.
21. – id, p.250.
22. – id, chap. VI.
Quelques sites, livre et documents
http://www.etudestsiganes.asso.fr/
http://lesrroms.blogg.org/offset-105.html
Les gens du Voyage, de Josef Koudelka. (Photos)
Liberté, film de Tony Gatlif.
Nouka Maximoff – voir également sa page Facebook.
Personnalités Roms – de belles surprises !
Biographie
Matéo Maximoff est né en 1917 à  Barcelone. Depuis l’âge de trois ans, il a vécu en France avec sa famille. Il n’a jamais fréquenté l’école, et a appris en autodidacte à écrire et à lire. Orphelin de mère à 8 ans et de père à 14 ans, il est l’aîné de cinq enfants et dutt travailler pour nourrir des frères et sœurs. Il exerce tout d’abord le dur métier de chaudronnier comme son père, puis devient par la suite projectionniste ambulant dans les campagnes.
Avec le début de la guerre en 1939, l’hystérie anti-nomade a éclaté et les départements français expulsaient les Tsiganes qui cherchaient l’abri en Espagne. Les Maximoff n’ont pas réussi à fuir, ils ont été arrêtés et internés au camp de Gurs dans les Pyrénées (où ils ont passé environ quarante jours), puis à Tarbes (août 1940) et enfin au camp d’internement pour les nomades à  Lannemezan. La guerre a séparé Maximoff de sa première femme qui est partie avec son clan, quand les Maximoff ont été internés. Quelque quatre cent parents de Maximoff ont passé environ trente mois dans les camps d’internement.
Avant la guerre, sous l’impulsion de son avocat, Jacques Isorni (qui sera le défenseur de Pétain) il a écrit son premier roman Les Ursitory (écrit en 1938 et publié en 1946 chez Flammarion).  Les journaux, la radio et même la télévision dans les années 50 lui consacrent articles et émissions. Les romans se succèdent. Il collabore également à des ouvrages photographiques collectifs,  enchaîne interviews et conférences sur les Tsiganes et participe à la création d’associations telles que Les Etudes Tsiganes . Le cinéma le sollicite régulièrement pour des films ou apparaissent des Tsiganes (« La Bandera », « Boulevard » de Duvivier « Singoalla » de Christian Jacque, « Cartouche », « l’incorruptible », « la Gitane » de de Broca, « Elena et les hommes » de Renoir et bien d’autres…).
En 1952, il épouse une jeune gadgi (non tsigane) d’origine suisse qui lui donnera une fille : Nouka. Quelques années plus tard, il s’installe avec sa famille dans un petit pavillon de banlieue, à Romainville, tout près de Montreuil où vit le reste de la famille Maximoff. Le début des années 60 marque un tournant déterminant dans sa vie. Touché par la grâce, il se convertit et sa foi est si grande qu’il devient en quelques mois pasteur et missionnaire de la Mission Evangélique des Tsiganes de France. Il consacre alors sa vie à Dieu et parcourt le monde à la rencontre des ses frères Roms afin de leur apporter la bonne parole Son engagement religieux ne met cependant pas fin à son activité littéraire, bien au contraire. Il écrit encore des romans (« la septième fille », « Condamné à survire », « La poupée de Maméliga », « Vinguerka », « Dîtes-le avec des pleurs », « Ce monde qui n’est pas le mien ») mais consacre désormais une grande partie de son temps à la traduction de la Bible en langue romani. Ses livres, tous publiés en français, sont traduits dans une dizaine de langues. En 1986, son œuvre littéraire est couronnée par la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres. Lui-même a fondé, en 1983, le Prix Romanès qui continue d’être décerné.
Matéo Maximoff est décédé en 1999

 

Bibliographie(en gras, les ouvrages que j’ai lu)

Les Ursitory (roman)  écrit en 1938, paru en 1946.
Le prix de la Liberté, (roman) 1955.
Savina (roman) 1957.
La septième fille – 1969.
Condamné à survivre, (roman) 1984.
La poupéé de Mameliga, (nouvelles)  1986.
Vinguerka, La petite fiancée (roman), 1987.
Dites-le avec des pleurs (récit autobiographique) 1990.
Ce monde qui n’est pas le mien,(roman) 1992.
Routes sans roulotte,  (Récit autobiographique) -1993.
Les gens du Voyages, (Album 160 photos noir et blanc), 1995.

2 thoughts on “Lève la tête, sois un Rom… Matéo Maximoff (III)

  1. Merci encore, Mélanie pour ce texte émouvant qui nous replonge dans cette période noire à travers les livres de mon père. Cette parfaite compréhension et cette analyse sensible me vont droit au cœur. C’est un travail excellent. J’aimerais que beaucoup de gens puissent le lire et que cela leur donne l’envie de mieux s’intéresser au sort des Roms et à leur culture. Je suis certaine que mon père aurait beaucoup apprécié tes textes. C’est un grand hommage que tu lui fais. Merci. Encore merci.
    Nouka

  2. Quel article magnifique !
    Je me suis moi-même intéressée à l’histoire du peuple Rom pour mon roman « Verdines ».
    La démarche fut tout autre car elle émanait d’un cri intérieur, d’une révolte contre la barbarie que l’on fit durant ces dernières années, aux Roms installés comme des bêtes dans des camps pourtant sordides, mais que l’on détruisait à coups de pelles mécaniques, sans que grand monde encore, n’y prête attention. Puis mon intérêt vient des merveilleux films de Tony Gatlif, de la musique aussi…
    Je voulais simplement dire ici combien j’ai apprécié cet article riche et à la fois concis concernant une histoire, comme tu le dis Mélanie, dont presque personne n’a vent… Normal ? Nous ne sommes pas les fils du vent…
    Oui, même si je ne suis pas émue pour les mêmes raisons que Nouka, je salue ton travail…
    Bien à toi,
    Pascale Madeleine

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