Une aube de friandises

La nuit parfois surgissent de drôles de conversations, de celles dont on dit après je ne sais pas comment c’est venu sur le tapis… Il était trois heures du matin. Une aube de friandises où le temps se condensa dans les parfums de l’enfance.

roudoudou— Tu te rappelles ces bonbons coulés dans un coquillage de praire, avec du sucre coloré dedans et qu’on vidait de leur contenu à coups de langue. On appelait ça des roudoudous.

— Il y avait ceux aussi qui ressemblaient à des cailloux avec des veinures claires et qui changeaient de couleur au fur et à mesure qu’ils fondaient. On les tournait et retournait dans la bouche et on les en sortait, histoire de voir où ils en étaient de leur mutation. Parfois, dépouillés de leur matière, il restait encore une amande à croquer. Et les petits sachets tricolore, jaune, bleu et rouge qui contenaient des losanges noirs de zan !  Et les rouleaux de réglisse torsadée avec en leur centre une petite perle dragéfiée, que l’on déroulait comme un serpentin. Les bâtons de réglisse et les pailles qui étaient pleines d’une poudre couleur de sable.

— Comment les appelait-on déjà ?

cocoboer— … Nous, on l’appelait la paille de coco. Cela avait le même goût que l’anthésite que l’on buvait au goûter. La même poudre désaltérante que contenaient des petites boites rouges, vertes, bleues et jaunes, les Coco Boer. Et les sucettes Pierrot Gourmand, goût de caramel au lait !

— Moi, je préférais celles en forme de sifflet, plus acidulées. On soufflait dedans comme des malades.

— Et les rondes avec une fleur en sucre incrustée en plein cœur. Ça vous donnait l’impression de manger une peinture. Il y avait aussi les carambars avec leurs devinettes et les chewing-gums Malabar, gros et roses, les grosses bulles que l’on faisait avec et qui nous pétait sur les lèvres. Et puis dedans, avec un décalcomanie éducatif, un mot magique. Gagné ! On avait droit alors à un autre gratoche.

pullmoll1— Tu te souviens des feuilletés pralinés qui craquaient sous les dents et des caramels mous à un centime ? Je les achetais à la vieille gitane qui vivait dans une roulotte bleue au pied de notre immense HLM, l’un des tous premiers. Il y avait aussi ceux, très gros et tous ronds, qui fondaient dans la bouche comme si on mangeait une hostie, les soucoupes volantes, qui libéraient une poudre acide. Les pastilles Vichy blanches que suçait ma grand-mère et les Pullmoll de mon grand-père à la saveur de menthol et d’eucalyptus dans leur boîte ronde à étiquette rouge, cerclée de blanc, avec écrit dessus Gorge, larynx, rhume, toux et leur nom de leur inventeur Lafarge. C’était comme croquer des grains de café. Si la boîte Lajaunie me faisait, va savoir pourquoi, rêver de voyages, je n’aimais pas trop les cachous qui faisaient la langue toute noire. Tu achetais, toi, des pochettes surprise, roses pour les filles, bleues pour les garçons, rembourrées de papier où s’égaillaient des bonbons, des pâtes de fruits, et les délicieuses papillotes, enveloppées dans  leur papier brillant découpé en lamelles ?  Et tu te rappelles les longs bâtons de guimauve, en forme de serpent, blanc, rose et vert pâles avec une bague à hauteur de la tête. Les cigarettes en chocolat… Et les grands bocaux de verre à parois hexagonales ou si hautes qu’il fallait y plonger tout l’avant-bras pour que les doigts se saisissent des friandises convoitées. Les sous chipés dans le porte monnaie maternel, la pièce glissée que ma mère me donnait pour remercier d’avoir fait les courses ou celle de un franc que mon grand-père me donnait pour avoir eu une bonne note et aussi pour me consoler de ne pas en avoir eu. Je me souviens aussi des bergamotes de Nancy et des énormes caramels bicolores que ma mère déposait sur la boîte à sel en bois.

— Et au cinéma, des bonbons à l’anis vendus dans un tube de carton hexagonal blanc avec dessus une femme ou des motifs sur fond vert qui rappelaient une tapisserie ou encore les berlingots multicolores et cravatés de blanc.. Et le jeudi, jour de marché, où on achetait de minuscules gâteaux en nougat qui figuraient des cartes à jouer.

— Et tu te souviens ? Il y avait aussi les bonbons et les gâteaux appelés têtes de nègre…Les premiers de forme ovale, en réglisse avec sculptée sur les deux faces le visage stylisé d’un Noir. Les seconds, des grosses boules de meringue roulées dans des pépites de chocolat…

Innocence d’hier, sacrilèges d’aujourd’hui… Tu te vois entrer dans une boulangerie et en demander ? Allez, rendors-toi !

10 commentaires sur “Une aube de friandises

  1. Magnifique retour en enfance On a connu les mêmes magasins mais moi je gardais l’argent de la quête à l’église et je filais à la boulangerie, c’était des pots en verre et ça coûtait trois fois rien Et quand on arrivait à la fin d’un pot, la gentille mémé qui tenait la boutique nous laissait gratter les bonbons collés au fond Quel régal !!!

  2. Merci Thierry et Jeannine de partager ici un peu du goût de l’enfance…. D’ici quelques années, décennies peut-être, nos arrière petits-enfants et plus ne se rappelleront sans doute que la saveur du coca colas et autre douceurs édulcorées au marketing…

  3. Il n’existe rien de meilleur que les bonbons traditionnels. Mon enfance a été bercé par ses bonbons, je me souviens des sucettes Marseillaises, des bâtons de bois de réglisse. Ah, la bonne vieille époque! 😀

  4. Très très longtemps que je n’ai pas mangé de bonbons. Demain, je vais faire des courses. Parce que oui, des bonbons comme ceux-ci on en trouve encore partout.

  5. C’est pas vrai les pastilles pulmoll! J’en ai fait des orgies, il y en avait chez mon père, des bien rangées dans leurs boîtes sur un présentoir de son officine, des bien écrasées au fond de sa serviette, il y en a partout tout d’un coup dans ma mémoire.

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