Il est né le divin enfant….

Nous allons inexorablement vers une humanité unisexe, sinon qu’une moitié aura des ovocytes et l’autre des spermatozoïdes, qu’ils mettront en commun pour faire naitre des enfants, seul ou à plusieurs, sans relation physique, et sans même que nul ne les porte. Sans même que nul ne les conçoive si on se laisse aller au vertige du clonage.
Accessoirement, cela résoudrait un problème majeur qui freine l’évolution de l’humanité: l’accumulation de connaissances et des capacités cognitives est limitée par la taille du cerveau, elle-même limitée par le mode de naissance: si l’enfant naissait d’une matrice artificielle, la taille de son cerveau n’aurait plus de limite. Après le passage à la station verticale, qui a permis à l’humanité de surgir, ce serait une autre évolution radicale, à laquelle  tout ce qui se passe aujourd’hui nous prépare« –  Jacques Attali, Slate.fr, 20 janvier 2012.

 

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Dans cette société, riche, libérée et liberticide, le droit a la primauté. Le droit de tout avoir et le droit de tout faire, charge au politique de légaliser toute les dérives. La maternité étant devenue l’aboutissement médico-légal de la gestion des utérus, il restait pour parachever la mise en coupe contrôlée de l’humain, à transmuter la reproduction humaine en un gigantesque et juteux négoce mondialisé. Booster la demande pour créer le marché. Don d’ovules et de sperme sur catalogues, transfert cosmopolite d’embryons apatrides, gestation de substitution dans des ventres tiers-mondiste, manipulation génétique et fécondations in vitro en goguette… Papa paie, maman regarde, la bonne bosse…Bébé pousse… Les berceaux ne sont plus ce qu’ils furent, des nids douillets, et les nouveau-nés font le tour du monde avant de savoir marcher. A l’heure où tout le monde joue le changement c’est maintenant, la pruderie morale, la compassion humaniste et l’expurgation de tous les esprits qui ne sont pas dans le paradigme actuel de la bien-pensance et de la notoriété de pacotille qui crucifient tous les talents, il y a de quoi mourir de rire…

Le désir d’enfant a ainsi quitté l’intimité de l’alcôve amoureuse pour devenir un bien et un droit public, où la science a son gène à dire et le business, des nouveaux hedge funds1 à capitaliser sur le vivant. Le désir d’enfant est un désir légitime. Mais peut-on justifier le droit à l’enfant ? La consommation gagnante d’un enfant à tout prix et à n’importe quel prix ? Voila que l’on parle de produits frais et de produits congelés, entre sperme et embryons, de location de ventres, ce qui suppose le droit du choix, car entre deux utérus, on choisira le plus beau, écartant le ventre de la laideronne au profit de la belle au corps d’athlète pour accueillir notre embryon si amoureusement accommodé sous microscope. Et tant qu’à faire, au marché des ovocytes, on choisira de préférence ceux délivrés par une jeune femme d’un bon niveau social, de préférence jolie et intelligente plutôt que ceux d’une prolétarienne étriquée ou d’une bonne paysanne un peu simplette. Car qui dit fric, dit rapport qualité-prix, entre coût et bénéfice. Ne sommes-nous pas civilisés, libres et égaux, enfin bref des adultes consentants traitant au mieux les clauses d’un marché, sous la bénédiction justificatrice du mercantilisme démocratique et du progrès scientifique qui jurent sur tous les droits de l’Homme qu’une personne stérile a les mêmes droits devant la science qu’un cancéreux ou  qu’un cardiaque, omettant le fait que la première donnera la vie à un être arraché à la technologie tandis que les secondes en sortent souvent les pieds devant, embaumés par cette même technologie.

L’interventionnisme humain s’embarrasse peu des nuances qui lui permettraient de limiter ses audacieuses ardeurs. Les pistes sont souvent brouillées dès leur origine par la manipulation des mots et des formules. Les faiseurs de bébés à la carte se multiplient, concoctent des packs à prix variables, vendent des kits d’ovulation, des tests de fertilité et ont leur salon. Quant aux parents potentiels, ils veulent du sécuritaire et de la qualité à un prix raisonnable. Table mise et couvert offert… Une nouvelle classe de parents consommateurs a ainsi émergé. Outre les couples homosexuels et lesbiens qui veulent un bébé, on trouve en pleine croissance, en couple ou non, les femmes pour qui la maternité est une priorité tardive. Jusqu’à la quarantaine naissante, leur horloge biologique marchait en sourdine. La carrière professionnelle primait sur l’enfant, avec la belle excuse que c’est la société qui nous y oblige, auquel on ajoute le sempiternel slogan sur le droit à disposer librement de son corps.  Si le recours à ces techniques est justifiable lorsque l’un ou l’autre des membres du couple souffre de stérilité ou de maladie dégénérative (cancer et chimiothérapie), il l’est déjà beaucoup moins quand l’infertilité traitable n’est pas traitée et que la reproduction médicalement assistée devient un outil de consommation courante ou quand la femme et son compagnon, nouveaux mater et pater dolorosa, ont laissé passer les années, misant sur la PMA comme solution de la dernière chance. Non plus un enfant si je veux, mais un enfant si je peux… L’enfant, dans ce cas, se réduit à un objet de consommation obsessionnel et son désir tardif répond à un égoïsme quasi existentiel.  Dès qu’il devient possible pour l’humanité d’accroitre son champ des possibles, tout devient immédiatement nécessaire, quand non indispensable, et négociable. Le marché du bébé parfait a le vent en poupe et l’eugénisme, qui n’a jamais bouleversé les foules par son iniquité, sait s’adapter génialement aux désidératas de cette nouvelle consommation facturée du vivant.

Quarante ans après l’ouverture de la première banque de sperme humain en 1963, bien sûr aux Etats Unis, le business du sperme congelé et de la vente d’ovules a ses sites d’achat on line, peut-être même un jour, qui sait ?, son Wall Street et déjà ses VRP multimillionnaires, son marche noir et ses brookers. Pour quelques 25 dollars le semestre, le site SpermCenter.com vous offre une base de données minutieusement détaillés sur les quelques 1200 papas virtuels dont vous pouvez choisir la race, parmi 119 ethnies, les pieds noirs étant différenciés des basques et ceux-là des français. D’autres s’embarrassent moins de nuances et vous proposent du sûr, du 100% blond aux yeux bleus, comme le géant du sperme business Cryos. Si Sapho titille vos nuits ou si vous êtes célibataire et que vous vouliez un bébé toute seule, tout fantasme étant bon à rentabiliser, le même vous enverra en toute discrétion par Colissimo vos précieux spermatozoïdes à demeure, les prix variant selon leur mobilité, leur quantité, s’ils sont ou non anonymes, avec le cas échéant la fiche signalétique complète du donneur rémunéré, s’il est géniteur régulier quelques 200 euros la masturbation. Si vous croyez que le génie est héréditaire, adressez-vous à Heredity Choice, sperme au QI élevé garanti.

divin1Pour les ovules, le cours du marché s’envole et dans les forums, on peut suivre ces nouveaux migrants de la fertilité à travers le monde, sur les places les moins chères pour les ache- teuses entre 3000 et 10000 euros, pose sou- vent non comprise et dument tarifé ensuite étape par étape, et au contraire, les plus chères pour les vendeuses, souvent rémuné- rées au prorata de leur apparence physique et de leurs compétences intellectuelles, 25.000$ ou plus si affinité… Tout le monde s’y met… Nouveau proxénétisme moderne et platon- ique. En est-il plus acceptable ? Ne soyons pas bégueule… Le monde gagne à être beau. C’est ainsi que Ron Haris, photographe américain qui a fait fortune dans le porno, met en vente sur son site, les splendides ovules de ses modèles pour une poignée de dollars, quelques 50 000… Les étudiantes des grandes universités ont l’ovule en poupe. On les sollicite, on les appâte, un petit plus pour financer leurs études… Même la religion sans mêle ! Il est vrai qu’il serait de mauvais goût que nos gamètes réussissent là où notre intelligence et nos cœurs échouent lamentablement depuis des siècles… Pas question donc de croiser un ovule juif avec un spermatozoïde musulman… Un Bin Laden peut en cacher un autre, plus petit, beaucoup plus petit… Il existe donc des sites qui se spécialisent dans la croyance. Fertility Alternative offre donc de l’ovule et du sperme circoncis, 100% juif de religion, comme cela est spécifié clairement sur le site. Sans parler du marché noir qui se développe, on line ou non, aussi vite que la demande augmente2

Beaucoup affirment qu’elles le font par pure générosité, occultant soigneusement qu’elles le font avant tout pour l’argent, comme cette américaine de la middle classe qui vend ses ovules pour s’acheter un écran plat géant et quelques fusils pour aller à la chasse au canard, tel nous le montre l’excellent documentaire Google Baby de Zippi Brand Frank.3

Certains, s’affirmant plus altruistes, préfère parler de la gestation pour autrui (GPA), belle trouvaille de marketing, évitant ainsi la formule malheureuse de mère porteuse puisqu’il est établi dogmatiquement que celle qui porte n’est en aucun cas mère, ce qui justifie que l’enfant lui soit enlevé sans contemplation le jour de sa livraison. Après tout, lorsqu’au siècle dernier, on arrachait du sein de la nourrice leurs propres enfants que l’on plaçait souvent ensuite en institution, quand par chance ils ne crevaient pas de dénutrition, pour que de leur lait abondant, elles nourrissent les gosses de riches, personne n’y trouvait déjà matière à s’offusquer. Dans le monde aseptisé de l’enfantement médicalisé, dans ce huis clos scientifique qui oppose le spécialiste à la matière humaine primordiale pour offrir une maternité en laboratoire à une génération de femmes et d’hommes Botox et hormones anti âge, un vocabulaire en trompe-esprit est sans nul doute impératif et en pleine continuité d’artifices.

Chacun voyant midi à sa fenêtre, cette pratique est interdite dans plusieurs pays européens (Allemagne, Espagne, Italie, Autriche, Suisse, France), bien que via Internet on puisse louer ce nid tant convoité étant convenu que la mère porteuse accouchera sous X.  Légale en Grande-Bretagne et en Grèce, elle est tolérée en Belgique et aux Pays-Bas. Quant aux Etats-Unis et au Canada, les règles varient selon les Etats et les provinces ou territoires. La gestation pour autrui connait également la délocalisation hégémonique et colonialiste. Car il ne viendrait jamais à l’idée d’une Européenne ou d’une Américaine de race blanche de se transformer en mère de substitution pour une Africaine ou une Rom ! Pour quelques milliers d’euros, voire beaucoup moins, comme en Inde par exemple, on peut donc louer passagèrement son utérus comme autrefois on louait temporairement sa force de travail, tandis que les maris se convertissent en maquereaux par procuration et les grands-mères en heureuse maman fripée, comme cette indienne de soixante dix ans qui a donné le jour à des jumeaux !

Un jour viendra peut-être, où un môme se tournera vers ses géniteurs biologiques ou artificiels et leur dira : « Tu sais maman, tu sais papa, mon copain, avant de naitre, il était déjà mieux que moi… La preuve, l’ovocyte et le spermatozoïde qui l’ont fabriqué, ont coûté plus chers que les miens… »

J’imagine un jour à l’école en 2050… Après la leçon de sciences où aura été encore soulevée la question surréaliste pour savoir si l’homme descend ou non du singe et affirmé faussement que nos ancêtres sont indubitablement les Gaulois, viendra sûrement cette autre exercice pédagogique : celui de la généalogie familiale. Et la réponse perplexe de nos gosses OGM, ceux des quartiers qui ont les moyens, les autres, ceux des quartiers dits sensibles, étant étiquetés comme fruit de pratiques sexuelles plébéiennes et archaïques qui seront devenues objets d’études sociologiques.

– Maîtresse, je ne peux pas faire cet exercice ! Je viens d’une FIV ! Et moi, d’une PMA et moi de la GPA et moi d’une IAD  et moi d’une MIV et moi, d’un utérus artificiel  !

Et puis jaillie du fond de la classe, la voix de celui ou celle que tous les autres fuient comme la peste, tant le regarder, lui, elle, ses frères et sœurs, son père ou sa mère, fout les jetons. Cette voix enfantine : moi, je suis un clone, juste un clone!

 

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott  – 14 février 2012
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Notes
1 Les hedge funds sont des fonds d’investissement d’un type particulier. Il n’existe pas de définition légale, précise et formelle du terme. Le terme lui-même est trompeur. La traduction littérale en français est « fonds de couverture », c’est-à-dire se livrant à des placements de protection contre les fluctuations des marchés considérés. Une telle définition devrait les faire pencher du côté des fonds sans risque ; or, au contraire il s’agit de fonds particulièrement risqués, beaucoup plus risqués que les fonds communs de placement. – http://www.lafinancepourtous.com/Hedge-funds.html
2 http://www.ababord.org/spip.php?article341>
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14988
http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/F/ethique/lectures/b%C3%A9b%C3%A9-business.htm
Growing Generations l’agence gestation pour autrui, une de plus importantes au monde – http://www.growinggenerations.com
http://www.fertilitycryobank.com
3 Google Baby – Documentaire de Zippi Brand Frank (Israël, 2009). 80 mn – A voir absolument !
http://videos.arte.tv/fr/videos/google_baby-3395568.html

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