Le casier judiciaire du Dieu des hommes

Ou le Syndrome de Macbeth

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La mystique s’est vulgarisée à un point tel que l’on nous presse de toutes parts, de stages en séminaires, d’ateliers en cours intensifs, « ‘d’éveiller notre Soleil intérieur« , de « rencontrer notre être véritable« , d’expérimenter « le lâcher prise« , de « dissoudre notre ego« , de « nettoyer notre karma« , de « pratiquer le Tantra de l’amour« , bref de « Revenir à la Maison » … à travers bien entendu les anciennes traditions de l’Orient. Cette quête spirituelle où nous croisons maîtres divins réincarnés, « rimpoches bouddhéisant », gourous émérites en marketing et anges tutélaires, où l’immortalité de l’âme se confronte à nos vies antérieures, où des êtres de lumière ou extra-terrestres nous « channelisent » des manuels de savoir-vivre pour un monde meilleur, nous persuadent insidieusement que notre abandon de Dieu nous a convertis en êtres corrupteurs et corruptibles. Nous voilà donc exemptés de toute spiritualité individuelle et dédouanés de tout cheminement intérieur, l’idée et le mot le substituant. Chercheurs spirituels ou « méditants » appointés, nous refaisons le monde en nous nous refaisant, quoique sans générosité. Car partager son bol de soupe avec celui qui a faim, qui dort sur notre bout de trottoir n’a rien de l’acte héroïque que suggère l’amour divin, celui du sacrifice absolu, celui de la Croix fait homme.

La bienveillance amoureuse fut loin d’être l’apanage du Dieu des hommes quand il avait pour noms Yahvé ou Jéhovah, du moins selon la tradition judéo-chrétienne. Dans toutes les traditions, y compris les traditions orientales qui bénéficient du poncif archétypal d’être « la Source de toutes les sagesses », Dieu ou quelque soit son Nom nous est décrit, du moins à ses débuts, comme un être intolérant, autoritaire, égoïste et violent. Une telle réalité historique ne nous arrange guère, car elle fait effectivement de nous des êtres créés à son exacte ressemblance ! Nous préférons donc adorer son illusion et penser que notre noir- ceur cache ce qu’Il nous occulte : l’Amour avec un grand A. Débordant, exubérant, universel, infini et miséricordieux, celui derrière lequel on court sans jamais l’atteindre.

On pourrait légitimement se demander si toute cette orgie d’amour n’est pas le fruit d’une grande défonce à base de psychotropes, de beuveries, d’anxiolytiques et de trekking mystiques ! Car son histoire de vie, selon la nomenclature parabo- lique actuelle, nous enseigne pourtant que l’homme n’a jamais été à la hauteur de ce Maître exemplaire, s’il en fût. Mais doit-on le regretter ? De fait, ce Dieu là possède le casier judiciaire le plus terrifiant qui soit, à tel point que s’il revenait aujourd’hui sur terre, Il serait refoulé à toutes les frontières… à moins que l’étendue de son génie destructeur ne lui vaille ce qu’il a valu à certains criminels qui ne lui arrivèrent pourtant pas à la cheville : l’asile politique, l’immunité diplo- matique ou son incorporation au sein de Services Secrets, civils ou militaires… En un mot, le blanchiment légal en temps de paix de l’horreur légale perpétrée en temps de guerre, souvent pour des raisons en apparence opposées mais en réalité, identiques.  

Fait paradoxal : la noirceur de ses antécédents judiciaires ne L’a cependant jamais privé de l’idolâtrie des foules et de la création d’une pléthore de club de fans, allant des religions du Livre écrit de main d’hommes jusqu’aux sectes en tous genres. Des centres d’accueil chiches ou somptueux se sont construits aux quatre coins du monde en son honneur et Il a toujours été reçu en grande pompe dans toutes les cours gouvernementales, quelles soient royales, démocratiques, vatica- nes ou dictatoriales. Sans parler de cet ultime et sublime hommage terrestre qui toujours Lui a été rendu : celui de commettre toutes les horreurs inimaginables en son Nom depuis des temps où les droits de l’Homme pouvaient être bafoués pour cause d’us et coutumes, sans que personne ne remette en question les olympiades de l’époque. Nuance qui souligne la différence avec l’hypocrisie actuelle où chacun préfère désigner de la voix les ordures du voisin, plutôt que de faire le ménage dans sa propre boutique.

Divine dérision… S’entre-massacrer pour nationaliser religieusement un bout de ciel perdu dans un espace de croyances inventées de toutes pièces fut et demeure encore un devoir sacro-saint, aux yeux autant du croyant que de l’incroyant. Sur terre comme au ciel, les hommes comme les chiens ont toujours eu besoin de marquer leur territoire. Il est vrai que les dictateurs, aujourd’hui pour la plupart en voie supposée de démocratisation comme d’autres n’en finissent plus d’être en voie précaire de développement, ont toujours fait plus recette que les libertaires. Napoléon, Salazar, Hitler, Pol pot, Pinochet, Franco, Staline, Mao, Idi Amin Dada, Omar Bongo, Mussolini, Suharto, Ferdinand Marcos, Mohammad Reza Shah Pahlavi, le bon tyran d’Iran, Bokassa, Bush Junior, la junte birmane, etc. Tous des salauds, mais tous des nôtres… conformément au dicton de la CIA… L’oppression donne les coudées franches à la collaboration. Qui soutiendrait aujourd’hui ces libertaires comme Louise Michel et son drapeau noir ou Francisco Ferrer y Guardia et son école moderne ? En attendant, là-haut, s’Il Existe… il doit se dire que malgré les nombreux ectoplasmes humains qui s’essayèrent à son Art en « holocaustant » massivement ou par des « frappes propres », des nations entières, l’enfant de salaud capable de le surpasser n’est pas encore né…

Bien que depuis bien des lunes, Il bénéficie largement d’une désinformation soigneusement entretenue par les agents du Livre, multiples et polyglottes, il faut cependant Lui reconnaître l’honnêteté de ne jamais avoir recouru à cet art de la dissimulation si commun de nos jours, où les mots du pouvoir s’accordent rare- ment aux actes. Dès le commencement, Dieu-Yahvé a mis l’humanité au diapason de ses violences et a proclamé haut et clair ses sentences. Il suffit de lire ses pro- pos dans les journaux de l’époque, à moins que ceux-ci ne fussent déjà aux mains de quelques potentats qui parasitèrent les informations avant de les jeter en pâture à des journalistes « peopolisés » jusqu’à la lobotomie : « Yahvé est un homme de guerre, Yahvé est son nom.(Ex. 15, 3) Empale les chefs du peuple.(Nb 25, 4) Je les exterminerais tous. (Ex. 32,10, 33 5) Yahvé aura plaisir à vous perdre et vous détruire. »(Dt, 28 63) Yahvé, Dieu d’Israël et Dieu des armées

Certes, s’essayer à l’ouvrage de la Création du monde n’est pas une mince affaire et l’on peut comprendre qu’il y eut des ratés. Pourtant, les débuts furent plutôt prometteurs, mais hélas de courte durée. Entre la nuit et le jour, la pluie et le vent, la mer et les étoiles, Dieu créa l’homme et la femme à son image, n’ayant sans doute d’autre référence que Lui-même. Égaux, puissants, divins, parfaits. Mais cette perfection sécrétait déjà l’ennui. Il reprit donc son ouvrage et introduisit l’inégalité du genre. Le féminin serait par essence inférieur au masculin,(Gn. 3,16) idée pérenne qui renaît partout actuellement avec une force décuplée. De fait nous sommes déjà à l’ère sacrificielle des utérus, transformés aujourd’hui en outils poli- tiques et économiques afin de contrôler la surpopulation et la soi-disant menace qu’elle représente pour l’avenir de la planète.

Cahin-caha et aiguillonnés par la peur, nous évoluâmes lentement, nourris au sein par le Serpent de toutes les tentations, sourds aux messages des cieux nous appelant à nous plonger dans la contemplation aliénante de la supposée perfec- tion divine. Voyant que l’indiscipline singulière et inventive des hommes risquait de Le priver de sa suprématie, Dieu décida que le meilleur serait d’effacer l’ar- doise et de tout recommencer. En mieux naturellement, c’est-à-dire en plus do- cile. Un déluge fit fort bien l’affaire. Ce fut le premier génocide de l’histoire.(Gen.7 et 8 2; 2 Pierre 2:5)

Première dictateur. Premier génocidaire. Inventeur du Mal au nom du Bien. Rien n’échappa au courroux divin. Ce Dieu des hommes ne voulait voir qu’une seule tête sur la file. La sienne… De Sodome et Gomorrhe jusqu’à la lente torture de la crucifixion… Sodome et Gomorrhe : une histoire ancienne où Dieu ne put même pas trouver dix Justes – déjà ! – pour sauver l’humanité de sa luxure. Un comble ! La ville était livrée à la perversion du sexe. « Même les deux anges, émissaires de la réprobation divine, n’échappèrent pas à la concupiscence ambiante… […] (19.5) Ils – (ceux massés à la porte de son domicile) – appelèrent Lot et lui dirent : Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous, pour que nous les connaissions. »(19.6) Le sexe des anges risquait le dévoilement… Devant cette fragilité angélique et la femme étant par essence dépourvue d’ailes, Lot n’hésita point. Il plaida en faveur de la prostitution et de la maltraitance. Judas sans deniers : « Voici, j’ai deux filles qui n’ont point connu d’homme ; je vous les amènerai dehors, et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Seulement, ne faites rien à ces hommes puisqu’ils sont venus à l’ombre de mon toit.« (19.9) Aujour- d’hui encore, des dizaines de femmes sont tuées pour sauver l’honneur intime des mâles de leur clan. Ceux-là même qui depuis la nuit des temps, sous toutes les latitudes et dans les circonstances les plus invraisemblables, ont recours à la violence sexuelle du langage, pour invoquer leur mère avant que d’insulter ou de battre comme plâtre leurs compagnes et d’aller épancher leurs misères sexuelles dans les bras de ces « putains de bonnes femmes » qu’ils haïssent mais paient ou pire encore, dans l’innocence violée des enfants.

Las… Déjà en terre de Sodome, les pourparlers de paix n’étaient que simulacres. La guerre était prévue, orchestrée et calculée, comme il est toujours de mise aujourd’hui, bien avant la rupture de la paix. Les anges mercenaires firent ce pourquoi ils avaient été envoyés : « Nous allons détruire ce lieu, parce que le cri contre ses habitants est grand devant l’Éternel. L’Éternel nous a envoyés pour le détruire.[…] (19.23)  Alors l’Éternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu.(19.25) Il détruisit ces villes, toute la plaine et tous les habitants des villes, et les plantes de la terre.(19.26) Abraham se leva de bon matin, pour aller au lieu où il s’était tenu en présence de l’Éternel.(19.28) Il porta ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe, et sur tout le territoire de la plaine; et voici, il vit s’élever de la terre une fumée, comme la fumée d’une fournaise. » […] 

Premier Hiroshima céleste… Napalm divin, mélange de soufre et de feu. Cinq villes rasées d’un souffle et tous leurs habitants morts calcinés ou réduits en bouillie. Mais déjà, oser regarder l’horreur en face pour en témoigner et la stigma- tiser dans le Jamais Plus, n’était pas servir le pouvoir en place, aussi divin soit-il. La femme de Lot, autre Pandora, ne gagna rien au change de sa curiosité. Si Abraham avait pu visionner le champ de la colère divine, à elle ce Dieu des hommes ne lui pardonna pas son audace et la transforma en statue de sel.(19.27) Donner la vie pour la voir réduire en cendres… il y avait de quoi outrager tout l’Olympe…

La femme étant par décret divin autant qu’humain, une diabolique salope, il est commun, voire normal, de lui attribuer la genèse de toutes les fautes et crimes des hommes, dont celui de l’infanticide. Ainsi la beauté ténébreuse de Lilith n’alla pas sans son goût mythique et assassin du sang des premiers-nés mâles. Mais le premier grand infanticide fut néanmoins d’abord le fruit maladif de la destruction divine… Dieu ne donna ni dans le détail ni dans la compassion. Il fut même assez inventif et raffina la torture. Tous les premiers-nés mourront dans le pays d’Égypte, « depuis le premier-né de Pharaon assis sur son trône, jusqu’au premier né de la servante qui est derrière la meule, et jusqu’à tous les premiers-nés des animaux. » Adepte avant l’heure des constellations familiales, il affama, d’une génération à l’autre, les enfants au sein, « jusqu’à ce que leur langue racornie comme un vieux cuir tanné se colle à leur palais« , histoire de faire également souffrir leurs parents.(Lam.4,4) – Je suis l’Éternel ton Dieu, un Dieu jaloux, punissant les crimes des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième génération pour ceux qui me haïssent.(Dt9, 28 :46) Et pour qu’aucune descendance ne lui échappe, Il provoqua des avortements à la pointe de l’épée(Isaías13,16-18) ou fit « fracasser la tête des bambins contre les rochers. »(oseas13,16) Négligence, abandon, violence, agression sexuelle, inceste… Le monde de l’enfance de Dieu regorge de créativité macabre à côté de laquelle même nos jeux vidéo les plus violents semblent manquer de génie inventif….

Qu’on se le tienne pour certain et énoncé, hier comme aujourd’hui, Dieu l’Éternel prendra plaisir à vous faire périr et à vous détruire,(Dt.28) en direct ou par sniper interposé. « Ceignez chacun votre épée sur votre hanche. Allez et venez dans le camp, de porte en porte, et tuez qui son frère, qui son ami, qui son proche. Les fils de Lévi firent ce que Moïse avait dit et du peuple, il tomba ce jour-là environ trois mille hommes. »(Ex., 23 : 27). Nombreux furent ceux qui périrent non au nom de Dieu, sinon de par Sa Volonté froidement calculée. Quelques exemples : 50700 hommes de Beth-Sernes(Samuel 6 ;19) – 24000 autres idolâtres d’un Dieu qui n’était pas le bon(Numéro25 :9) – 185000 Assyriens,(II Rois, 19 :35) Rien ne fut épargné à l’homme qui ne l’adorait point. Pas même le cannibalisme familial ou l’émasculation.(Dte 28,5-57; Ezequiel 5,10; 2 Ry. 6,28-29; Lam. 4,10) Liste interminable dont on ne peut que saluer l’insatiabilité créatrice…

Entre meurtres individuels et assassinats collectifs, vendettas et ethnocides, viols et incestes, guerres et aliénations en tous genres, appui logistique direct et in- direct, ce Dieu  des hommes fut également le premier à utiliser l’arme biologique. Consomption, fièvres, inflammation, hémorroïdes, épidémies mortifères, teigne, lèpre, peste,(Deut. 28) famines, soif. Sécheresse, frelons, grenouilles,  poux, mouches, grêle, sauterelles(Ex.8-9-10). Même l’eau devint imbuvable et se changea en sang.(Ex.7:14-2) A côté, le Darfour paraît une rigolade. Ainsi, nous légua-t-il le concept répressif et culpabilisant de la main implacable de Dieu, capable de nous faire accepter des horreurs indicibles comme étant des châtiments divins mérités ou du moins explicables et justifiables, voire inévitables, toute action étant la rançon réactive d’un karma prédestiné…

Ce Serial Killer brouilla les pistes, cultiva le don d’ubiquité, s’immisça dans toutes les civilisations, changea de nom, signant ses forfaits Jéhovah ou Yahvé, Dieu, Azhi Dahaka ou Rudra Chakrin, le Seigneur de la Roue courroucé… mais sans jamais oublier de nous marteler qu’Il agissait pour notre bien… comme si Sa Réalité ne pouvait prendre corps que dans l’élaboration savante de tactiques de châtiment ou d’extermination. Certains exégètes argumentent que la violence de Dieu participe aux mesures coercitives nécessaires pour contrôler celle inévitable, inhérente à la nature humaine. Car par un renversement de raisonnement, sa violence meurtrière ne serait que l’exact reflet des exactions assassines dont l’homme a toujours eu le secret. La sienne n’aurait donc d’autre objet que de réhabiliter la victime, rétablie dans ses droits. Et s’il fut et est encore obligé d’endosser la panoplie du Dieu des Armées, c’est en Dieu Libérateur, la première mise en pratique « Je fais la guerre, mais c’est pour la paix. » Dieu est tout Amour. Même s’Il a l’amour vache, c’est toujours de l’amour. Ainsi la répression divine est indispensable et aurait été quasi conjoncturelle, voire protectrice et constructive de nous-mêmes.

Mais c’était mal connaître cette fronde sous-jacente qui agite perpétuellement l’esprit humain, autant par curiosité que par goût de la perversion. Il est vrai que la liberté n’a jamais été un devoir pour l’homme, sinon la conviction qu’elle lui donne le droit acquis de tout faire… et surtout n’importe quoi, confondant le champ de la connaissance avec celui de l’expérience. En ces temps lointains déjà, les opinions déchiraient le monde de fausses vérités. Combats de titans entre des dieux aux pieds d’airain et les hommes aux cœurs d’argile, qui justifièrent tous les étripages, tout comme aujourd’hui ! En ces temps reculés également, le meilleur des slogans était déjà le maître mot de nos sociétés actuelles : Tout ce qui n’est pas avec Moi est contre Moi… La lutte sécuritaire divine contre le terrorisme humain. Tolérance zéro. Dieu nous asséna sa conviction dans le sang et les larmes. Et cela dure toujours.

Devant tant de maux accumulés, on finit toujours bizarrement par implorer la clé- mence divine, tout en invoquant également Satan. Il faut bien un coupable à notre mauvaise conscience. On se tourne vers les cieux, en se tordant les mains et on se demande pourquoi Il nous fait tout cela. Le tsunami et les tremblements de terre ; la banquise qui fond comme un eskimo ; les cyclones cannibales qui avalent tout sur leurs passages ; les baleines suicidaires qui fuyant leur massacre, s’échouent sur des côtes improbables ; le prix du riz qui galope dans les estomacs qui se creusent et celui du pétrole qui fait prier les incroyants devant les pompes à essence ; les guerres dont tout le monde finit par se foutre par habitude ; les immigrés qui se noient dans leurs désirs de sauter les frontières ; les enfants que l’on violent et les victimes qui font la Une pour que l’on comprenne la psychologie de leurs assassins ; les génocides relayés en direct sur les chaînes de télévision du monde entier ; le voyeurisme des charniers, cette pathologie de la lucidité… Tant et tant de choses… Résignés, vaincus, lâches et trouillards devant l’ampleur déso- lante du désastre humain, voilà que depuis des siècles nous levons nos regards vers le ciel, L’abjurant de soulager nos souffrance et de pardonner nos humaines offenses. Il est si Bon et nous sommes si mauvais ! Il Sait Tout et nous ne savons rien… Nous Le supplions donc de faire enfin quelque chose, oublieux que nous sommes d’un fait essentiel dans la biographie divine : ce Dieu des hommes a eu le casier judiciaire le plus hégémonique qui soit.

Afin d’assurer la pérennité de ce seigneur, le changement de look devint donc indispensable. Les Ségala de l’époque se mirent à l’œuvre. Il fallait Lui faire gagner en crédibilité. Effacer son côté bling-bling sanguinaire. Faire devoir de mémoire et acte de contrition. L’Ancien Testament ne passa point au pilon. C’eût été admettre sa barbarie. Douleur nécessaire qui accompagne toute naissance, on ne le renia donc point. On en publia une nouvelle édition revue et corrigée, sous le titre de Nouveau Testament. Yahvé oublia Jéhovah. Jéhovah oublia Yahvé. Ils se fondirent dans la même et unique figure archétypale, Dieu. Un Dieu light, 100% Amour, 100% Rédempteur. Un nouvel héros occupa l’affiche. Le fils de Dieu, le prophète Jésus. Ce Nouveau Testament affirma que le salut de l’humanité était étroitement lié à une prise de conscience, accompagnée d’un changement néces- saire d’attitude. Il fallait rompre avec l’image désastreuse de la violence incoer- cible et injuste du Vieil Homme et donner naissance à un homme nouveau, paci- fique sans pour autant être non-violent : Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.(Mt 10,34) Aimant sans pour autant être aveugle, généreux sans être dispendieux, sachant montrer de la mansuétude sans tomber dans l’indulgence de la faiblesse, solidaire sans être dogmatique… Un homme ayant conscience de son universalité. Aimant l’Autre comme lui-même… Le New Age a plus de 2000 ans… et cela fait vingt et un siècles que les guerriers de Dieu arpentent la planète. Chacun au nom du sien. L’hérétique est toujours l’Autre. Le bouddhisme tibétain devint synonyme de paix et d’harmonie. L’Islam, une religion universelle idéale. Le christianisme, l’arme capitaliste de l’Église. Nous en sommes toujours là. Le syndrome de Macbeth… Je veux entraîner le monde avec moi dans ma fin… Au nom de Dieu…

Et il nous faut bien admettre qu’en matière de destruction, nous n’avons jamais eu besoin des dieux pour exprimer notre génie. C’est même dans ce domaine que depuis des lustres, nous excellons le mieux ! L’imagination de l’homme n’a jamais été au pouvoir…

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© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott  – 24 Février 2013
article actualisé le 10 mai 2013
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