Hyper-sensible, méga-fracassé, Gilles Nuytens

Hyper-sensible, méga-fracassé… Une bonne semaine que j’ai terminé ce livre qui pose plus de questions qu’il ne donne de réponses et sur l’hypersensibilité et sur la personnalité de son auteur, Gilles Nuytens. Comment aborder sa chronique, qu’elle qu’en soit la teneur, sans risquer de provoquer un « ouragan émotionnel » chez cet homme que je ne connais pas et qui vit son hypersensibilité comme une malédiction ? J’ai tourné et retourné le problème sans trouver une solution acceptable, à savoir de demi-mesure, avant de me ranger, quoique prudemment, à l’avis de l’auteur : « L’être humain a souvent tendance à préférer un « mensonge qui rassure » plutôt qu’une « vérité qui dé-range ».

La préface sensible et subtile de Céline Ducomte ouvre le récit de Gilles Nuytens et borne les manifestations de l’hypersensibilité : une « sensorialité, une expression des émotions et une empathie exacerbées », une « intuition souvent plus affinée que la moyenne des gens, un besoin vital de créer ». Mais ne tombons dans le piège qui consiste à croire que tous les créatifs qui ont pignon sur rue, soient tous de grands hypersensibles. Quand sur le Net, je vois citer Bill Gates, Barack Obama ou Mark Zuckerberg comme étant hypersensibles ! Confusion des genres, il me semble, car leur haut potentiel intellectuel – ce que l’on désignait, il y a quelques années, un quotient intellectuel supérieur à la moyenne dans la classification des compétences cognitives – en a fait surtout d’excellents manipulateurs marmoréens, comme la majorité des dirigeants politiques et ceux des entreprises et lobbies du CAC 40. Emmanuel Macron en est une parfaite égérie.

En outre, les hypersensibles partagent des traits communs avec d’autres archétypes de personnalités ; timidité, introspection, difficulté à s’intégrer, susceptibilité, association d’images et d’idées fréquente chez les synesthètes tel Vassily Kandinsky, sensation de déconnection du réel, propension à être rêveur, rumination mentale, doute, besoin de solitude, manque de confiance en soi, agoraphobie et ses conséquences : détestation des bruits violents, répétitifs, des lumières trop vives, des odeurs fortes et même du contact physique, hypersensibilité sensorielle (constatée également chez les autistes) , besoin de contrôle, dépendance affective et éludation du conflit, aussi bénin soit-il. Est-ce à dire que nous sommes tous hypersensibles ? Non, mais nous sommes tous des animaux à sang chaud, prisonniers entre l’hypo ou l’hyper, même si comme actuellement la plupart d’entre nous, végétons à l’état de zombie.

Terminée la préface, nous entrons dans la tentative d’expliquer les origines psychobiologiques de l’hypersensibilité. Et là, c’est l’auberge espagnole de toutes les théories qui tient table ouverte. Bien que l’hypersensibilité n’y soit pas encore répertoriée comme trouble du comportement, cela m’a fait songer à ce que j’appelle la bible américaine de la folie ordinaire, à savoir le DMS-5 la dernière et cinquième édition du Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux, où le moindre comportement qui ne réponde pas au moule de la normalité est disséqué, analysé, classifié et médicalisé.

Que l’on attribue l’hypersensibilité, comme nous l’explique fort bien l’auteur, à « un processus biologique précis », dont « une hyperréactivité cérébrale » qui s’accompagne d’une sensibilité puissante des neurotransmetteurs, d’une « demande massive d’énergie qui cause de nombreuses carences dans le corps, carences qui doivent être comblées sous peine « d’effondrement » (dépression et burn-out) », d’une interconnection neuronale au top et d’un flux accéleré et abondant d’hormones… Soit. Et après quoi ? ai-je demandé mentalement à Gille Nuytens ! D’autant plus qu’elle peut être multifactorielle : héréditaire, comme l’enseigne l’épigénétique. On sait maintenant que tout vécu marque la mémoire cellulaire et se transmet dans le patrimoine génétique. Ou liée à des facteurs in utero, ou durant la naissance ou pendant la toute première enfance ou encore environnementaux, tels les perturbateurs endocriniens.

Vient ensuite le morceau de roi. Celui où je m’attendais que l’auteur parle de lui. Là, c’est oui et non ! Colère, frustration, ressentiment et victimisation se mêlent à cette diatribe contre le monde et la société en général, et les individus en particulier. De fait, à mon sens, elle plus à voir avec une lucidité certaine qu’avec une quelconque hypersensibilité. Car enfin, qui, pourvu de sens critique et de sagacité, n’a pas les boules d’assister à cette désagrégation du corps social qui semble aussi progammée que voulue, au prétexte d’un virus, managérisé par un poignée d’énrgumènes qui se veulent les détenteurs de nos organismes et pissent joyeusement sur notre liberté d’être au nom d’un vaccin dont cobayes volontaires ou non, nous essuyons les plâtres ? Seuls, les imbéciles heureux…

Certaine que bien des hypersensibles reconnaîtront dans ce récit leurs nombreuses galères au quotidien. Les préjugés sociaux des bien-pensants, avec sa cohorte de phrases désobligeantes, de réactions de rejet, les pensées morbides, le sentiment corrosif d’isolement. La lecture de ce Hypersensible, mega-fracassé leur sera sans aucun doute réconfortante, à plus forte raison que Gilles Nuytens explique fort bien ces mutliples rejets, en l’illustrant d’exemples, parfois puérils il est vrai.

Cela dit, bien que je comprenne la démarche et le ras le bol de Gilles Nuytens, je ne puis adhérer à ce portrait ô combien négatif de l’hypersensibilité. L’admettre, c’est se soumettre à ses affres et accepter qu’elle vous contrôle et vous nie.

J’aurais aimé que l’auteur nous parle réellement de lui, des traumas que l’on balance sous nos tapis mémoriels et que l’on évite de secouer, nous laissant ainsi polluer par le mensonge, l’hypocrisie, le calcul, la lâcheté et le papillonnage incessant. J’aurais aimé que Gilles Nuytens nous livre à demi-mot son histoire d’enfant, d’adolescent et d’homme. Sur quoi quel humus s’est-il construit ? Par exemple, le manque de confiance, si fréquent chez la plupart, ne nous tombe pas sur le coin de la figure sitôt sorti du ventre maternel. Il a des racines profondes, à l’instar de cette autre sensation, de non appartenance au monde. C’est à nous, et à personne d’autre, qu’il incombe de les démêler.

Pourquoi cette attente ? Parce que je vis avec un hypersensible qui a fait de cette « chose » qui tantôt m’agace, tantôt me fait sourire – mais que moi la besogneuse, j’envie également- une force créatrice. Enfant né d’un viol, abandonné plusieurs fois, le pied dans la panade après un accident de moto, trois cancers au tapis, c’est vrai qu’il pleure encore en regardant Bambi (ce qui me fait marrer), que sa susceptibilité le fait vriller au quart de tour, qu’il est plein de colère à constater que l’humain n’est bon que s’il ne peut faire autrement, que la situation du monde le désole à tel point qu’une profonde mélancolie est sa première compagne. Mais parallèlement, cette hypersensibilité a développé en lui bien des qualités : une imagination hyperactive, l’empathie, la générosité, un esprit de synthèse et une lucidité visionnaire, quoique pas toujours réjouissante.

A tort ou à raison, avec ou sans hypersensibilité, tout dépend, il me semble, des choix que l’on fait pour soi. Et seulement pour soi. A savoir : ou rester le cul confortablement installé sur le sofa de ses névroses, et cela ne concerne pas uniquement les hypersensibles, jusqu’à ce que la vie se meure, ou faire le pari et prendre le risque difficile mais jouissif d’être soi. Envers et contre tous.

 

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott – 06/08/2021.
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Présentation de l’auteur

Gilles Nuytens est un artiste qui exprime sa sensibilité artistique dans de nombreux domaines. Sorti diplômé de l’Institut Saint-Luc à Bruxelles, section bandes dessinées et illustrations, il a élargi son domaine à l’infographie, la photo et même le cinéma comme scénariste et acteur. Après avoir suivi des cours de théâtre et d’acting studio, il a continué d’apprendre sur le tas dans les divers domaines qui le passionnaient. En 2013, il se met à écrire une série de nouvelles et c’est en 2017 qu’il sort son premier livre grâce à une campagne de crowdfunding. Vous pourrez également retrouver l’auteur dans « Stupeur et confinements » et « Nos violences conjuguées », dans la collection Les collectifs JDH Éditions.

2 Comments

  1. Il a fallu que tu cases Macron, ça me fait rire. ça m’attendrit en fait, cette obstination. Je ne lirai sûrement pas ce livre, j’ai une fille hypersensible d’après tout ce qu’on me dit et c’est un gros souci parfois -un enchantement aussi, bien sûr, à certains moments. Et elle a fait le bon pari. (jusqu’à ce que la vie meure avec un e, c’est le subjonctif, Mélanie)

    1. Merci Dominique, J’ai corrigé le subjonctif. Quant à Macron, ce n’est ni une obsession, ni une obstination, mais une illustration (rapport au texte) de notre mémoire collective.

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