La Table des Reliefs, Didier Betmalle

Voilà un livre dont on ne comprend le véritable propos qu’au final. Roman policier ? Si l’on s’en tient au fait qu’il y a une disparition, celle de Louis Delamare, un type apparemment insipide afin de mieux occulter son obscurité malfaisante, d’un commissaire, Alceste Proust, un tantinet décalé qui mène l’enquête confiant en ses talents olfactifs pour débusquer les coupables, de quelques rousses violées, disparues ou assassinées, d’une femme, Odile, jolie rousse qui aime de l’amour, la domination qu’elle en subit, on a les ingrédients d’un polar, excepté peut-être ceux du sexe, de l’hémoglobine qui gerbe à gros bouillons et surtout du fameux suspens chargé de tenir en haleine ad nauseam le lecteur.

Que reste-t-il alors de cette histoire labyrinthique dont l’issue se dérobe au fil des pages, aussi sobrement que l’est le style de son auteur, Didier Betmalle ?

Mêlant surréalisme et métaphores, réminiscences et submersion dans le présent, il nous invite à un banquet, dressé comme un procès, dont il ne resterait de l’opulence exubérante que des rogatons en voie de décomposition – d’où le titre du livre -, mettant à nu leur véritable nature, à savoir l’ossature de l’âme humaine. Et celle-ci – tous désirs bus et pulsions repues – a, pour l’auteur, la saveur répugnante et les relents de la pourriture, bien qu’il l’épice de remords, de culpabilité à rebours et de l’éternelle lampe d’Aladin de l’amour rédempteur. Or, ses protagonistes, comme malheureusement bien des êtres humains, obéissent plus facilement à leurs démons intérieurs, aussi enténébrés que sont virginaux, les calissons d’Aix- évoqués par Didier Betmalle à la manière proustienne – qu’à cette bienveillance du cœur, qui relève quasi de l’exceptionnel.

Pour moi, la clef de ce livre nous est livrée par les nom et prénom du commissaire : Alceste Proust. Le fameux Alceste de Molière. Sous son apparence d’honnête homme, cet Alceste-là cache un misanthrope paradoxal qui déteste l’humanité pour sa capacité à mentir et ses innombrables variantes, dont lui-même n’est cependant pas exempt. Un faux rebelle qui prétend résister au monde auquel néanmoins il appartient, cherchant une vérité qui selon lui, ne se trouve que dans la fuite, la destruction des autres et la solitude. Il fait ainsi écho au personnage de Molière qui proclame : « Trahi de toutes parts, accablé d’injustices, / Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices ; / Et chercher sur la terre un endroit écarté, / Où d’être homme d’honneur on ait la liberté .»1 Et le célèbre Proust pour ses digressions intemporelles sur la mémoire involontaire – dont la madeleine (ici calisson) est le symbole – qui à partir d’une sensation inattendue fait revivre au présent, un événement passé.

La Table des Reliefs… un livre à lire avec appétit mais non exempt d’effets secondaires.

 

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott –18/07/2017
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Note
1. – fin de l’acte V.

Quatrième de couverture
Louis Delamare, chef de service sadique, obsédé par ses souvenirs d’enfance, se retrouve séquestré pendant plusieurs jours dans un pavillon étrange où se déroule son procès. Sa disparition fait l’objet d’une enquête conduite par le commissaire Proust, convaincu que le disparu et le tueur de rousses, vieille affaire non résolue, ne font qu’un. Cependant une jeune collègue de Louis Delamare – amoureuse et rousse – persuadée de son innocence, tentera jusqu’au bout de le faire disculper et de prouver la partialité aveugle du commissaire. Est-ce qu’un sale type peut devenir autre chose qu’un sale type, et si oui, quel chemin doit-il faire pour y parvenir ? Voilà la question qui se pose tout au long de cette enquête, menée par un flic plutôt énigmatique.

L’auteur : Didier Betmalle
Né en 1949, Didier Betmalle a eu une enfance campagnarde, dans une ferme, en banlieue sud de Paris. Cette ferme, avec ses bâtiments, ses animaux et son immense prairie a été pour lui un territoire d’aventures partagées, un espace de jeu et de création, de bonheur physique et d’évasion imaginaire, où s’est forgé son goût pour une fiction bien ancrée dans le réel et le vécu. Après le baccalauréat section philo, il a suivi une formation d’assistant-réalisateur. Il a commencé son métier en tournant des films techniques. Il a travaillé pour l’administration avant de créer sa société et est devenu concepteur et réalisateur de documents audiovisuels pour la communication d’entreprises. Depuis toujours, il se passionne pour l’écriture, la photo et la peinture et a régulièrement participé à des ateliers et des expos.
Dans les années 2OOO il a rassemblé ses productions sur un site web qu’il a intitulé ELAM (Entreprise Littéraire Artisanale Multiforme), sorte de tremplin qui lui a sans doute permis, en les mettant en perspective, de préparer la publication de ses textes. Maintenant à la retraite, il se consacre à l’accomplissement des projets littéraires qu’il avait pu seulement ébaucher pendant ses courts moments de disponibilité.

La table des reliefs, Didier Betmalle
(18 avril 2017) – ISBN : 1521044961
Disponible sur Amazon (papier et epub)

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