Chroniques d’un Thérapeute, Patrick’s O’nolan

L’univers est en nous, l’univers est autour de nous, nous en sommes un « atome », en quelque sorte un mini univers humain, puisque ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose » : la Vie… Notre premier cri est la manifestation de notre matérialité et signe pourtant l’abandon de notre conscience quant au fait qu’à l’origine, nous sommes tous des « quarks », porteurs d’un projet commun qui nous dépasse et qui s’éteindra avec notre dernier souffle pour se poursuivre ailleurs. La vie n’a d’autre but que celui de nous faire grandir au propre comme au figuré. Il nous appartient ensuite à chacun, au terme de notre vie, d’avoir la capacité de répondre à cette question : en quoi ai-je été utile ?

C’est à cette quête à laquelle nous convie l’auteur Patrick’s O’nolan à travers ces Chroniques d’un Thérapeute, un parcours de vie qu’il partage avec bienveillance, générosité, honnêteté et humour. Il n’est jamais anodin de « se dire », d’autant plus qu’écrire est faire don de soi, avec ses qualités et ses défauts.

Patrick’s O’nolan a fait partie de cette génération qui avait foi en la vie, où l’impossible finissait toujours par se conjuguer avec le possible, où il suffisait de lever le pouce à la porte d’Orléans pour s’offrir un tour de manège planétaire. Ni hippie, ni chercheur de nirvana, ni appointé aux paradis artificiels – l’éducation qu’il avait reçu dans cet étrange monastère où se côtoyaient toutes les religions, où l’on apprenait aux filles comme aux garçons à cultiver leur féminité et où on les initiait à la spiritualité, celle du cœur, entre beaucoup d’autres choses – l’en avait préservé. En quête de lui-même, de l’Autre, de tous les autres, avec en boussole interne l’Afghanistan – seul lui sait pourquoi (peut-être à cause de Roland et Sabrina Michaux qui en avait fait un fac-similé photographique mensonger, mais séduisant?) – il partit avec pour tout bagage ses deux mains pour financer son périple, ses appareils photos – l’argen-tique, une autre de ses passions ! – son insatiable curiosité et son énorme bienveillance.

Rien pourtant ne laissait présager que cet enfant, né d’un viol et à la personnalité forgée par un double abandon, allait devenir ce qu’il Est. Quelques dix-neuf ans plus tard, lancé à la conquête de lui-même, pouce levé, symbole d’un monde et d’une liberté qui n’existent plus, au gré des rencontres, des êtres plus que des pays, ses errances vouées à l’aléatoire plus qu’à des voyages planifiés, ont effeuillé une à une ses illusions. Mais, et c’est une loi, chaque perte se soldant par un gain, cela lui a offert l’opportunité, inestimable s’il en est, de noircir au feeling ses carnets de route. On se laisse emporter dans ce kaléidoscope de sentiments, de sensations, de goûts, d’images, de parfums, de lumières, d’odeurs et de cuisine. Les mots de l’auteur habillent l’imagination du lecteur. On est l’impressionnante tempête en Norvège, les marins dont il se fait le cuisinier, la mort qui surprend les deux jeunes filles à Amsterdam, Angelo le nomade irrévérencieux, Sylvie la jeune marxiste embourgeoisée, véritable parangon du gauchisme bon chic bon genre et le chagrin silencieux de son père. On est la grand-mère portugaise de l’auteur, plus pauvre qu’elle tu meurs et la chiennerie mauvaise de son père adoptif, le ventre arrondi de la belle suédoise Liten penchée sur sa voiture et O’nolan qui a parcouru huit mille kilomètres pour s’entendre dire qu’elle voulait faire un enfant toute seule. Karl était son nom. On est leurs premières retrouvailles à la gare du Nord à Paris et sa mort brutale quelques années plus tard. On est Speedy le punk trader, Zahad le chauffeur kurde, Ana la Yougoslave et l’annonce aux abeilles, Anahita et les lutteurs huilés. On est l’inhospitalier Afghanistan des années 70 déjà volontairement spolié de ses femmes, Alexo, un Elkhound dit chien d’élan norvégien, les Kangal, impressionnants chiens de berger turcs, Solum le chien noir qui accompagna le narrateur jusqu’en Iran dans une tariqa paumée dans la montagne. On est ces rencontres magnifiques, toutes empreintes de bienveillance, de tendresse, de curiosité, de partages et d’évènements qui font le sel de la vie, même s’ils sont à priori porteurs de catastrophes. A priori ? C’est à voir ! Si sa jambe n’avait pas servi de pare-choc à la voiture qui allait la lui briser, le couple d’amoureux aurait achevé son baiser dans le ravin trois cent mètres plus bas et O’nolan n’aurait pas vécu une NDE qui allait changer littéralement sa vie. « Je ne ressentais plus aucune discordance, juste une harmonie et la sensation moléculaire de faire partie du Tout, d’être chez moi dans le moindre recoin de mes atomes. J’étais à l’Origine, avant l’explosion, avant la division, avant la révélation. »

Il ne serait pas devenu le Thérapeute qu’il est aujourd’hui, où sa connaissance exceptionnelle de l’homéopathie uniciste n’est ni plus, ni moins qu’un outil mis au service de l’Autre. Pourquoi ? Parce que, plus que l’Art de guérir, ce qui lui importe, et la narration de ces cas cliniques l’illustre fort bien, est le lien de confiance qui se tisse entre son patient et lui, de telle façon à amener ce dernier à retrouver un minimum d’auto-estime. Il s’agit de le révéler à lui-même, de lui faire voir avec patience ses failles, pour esquisser, puis acter sa guérison. «Guidé par le thérapeute, le patient s’ouvre petit à petit, visite les recoins de sa vie, comprend ses faiblesses et ses forces et se donne l’opportunité de dire, de relativiser, de se comprendre en relation à l’extérieur, à l’autre. Il identifie et soupèse sa foi ou son absence, sa volonté, son déterminisme, sa générosité, son égoïsme, sa bienveillance, sa faiblesse et sa réelle motivation àgrandir ou pas. L’homéopathie n’est rien d’autre qu’une vibration qui ne cherche qu’une seule chose : l’homéostasie si mystérieuse à comprendre et si difficile à rééquilibrer. » Ce chemin se parcourt à deux, en confiance réciproque, faisant apparaître l’opportunité à être. Pour le patient, mais aussi pour le thérapeute qui est aussi un patient. Et c’est avec une sincérité courageuse que l’auteur partage avec le lecteur, l’intimité de son troisième et dernier cancer.

Un témoignage qui, à l’instar de Hahnemann, ne peut se conclure sans se poser cette question, « qu’y a-t-il à soigner en moi ? »

Un livre testamentaire aussi car mon « Doudou », mon ami et mon complice depuis cinquante ans a rejoint ce qu’il appelait « Sa Maison » le 22 avril 2026. Et il me manque terriblement…

 

©L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott Mélanie Talcott – 22/02/2026.
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