Oui je sais…ça fait chier (10) … Penser est nuisible pour la santé…

Aujourd’hui, 21 mars 2020. C’est le printemps. La journée s’annonce belle. Le ciel vient de se défriper, il est six heures du matin. Des nuages blancs mouchetés de gris y glissent lentement. La journée aurait dû être belle. Elle sera confinée.

Confins… Un bien joli mot à l’origine qui évoque des contrées lointaines, des limites rêveuses entre des mondes, l’espace et le temps. Une géographie de l’imaginaire que le suffixe ment a suffi à reclure.

Confinement globalisé. Les continents corsetés dans une forteresse sanitaire artificielle, leur souffle suspendu à celui de milliers de virus couronnés. Sont-ils l’ennemi ? Sommes-nous en guerre ? Tous, contre un micro-organisme invisible qui se fout éperdument de nos contingences humaines ? Certainement pas pour ce Covid-19 qui avec son nom d’agent secret, n’a en rien à cirer, à moins qu’il ne soit plongé dans une perplexité abyssale. Après tout, ses potes et lui sont apparus bien avant nous. Plus de trois milliards d’années dans les brins d’ADN ou d’ARN, ça ne se discute pas, d’autant plus que d’une manière certaine, ils ont participé à notre évolution. Les uns sympas en aidant la Nature dans son job, tels les virus marins qui régulent le climat et qui aujourd’hui, l’ont bien profond dans les brins avec nos océans poubelles. Les autres plus vachards, nous glissant des bâtons dans les roues, histoire de remettre nos pendules hégémoniques et destructives à l’heure du Vivant.

Oui je sais… ça fait chier. La mort nous rappelle toujours à l’ordre de notre petitesse et de notre finitude. Mais lorsqu’elle a le faciès d’une pandémie, elle draine dans son sillage une mémoire collective que l’on avait oublié. Hier, la peste, le choléra, la grippe espagnole, récemment le VIH/ Sida, la grippe H1N1, le SRAS ou le virus Ebola. Toutes ces épidémies révélatrices de nos peurs et de nos vulnérabilités défont l’ordre public, social, sanitaire et économique.

« Nous sommes en guerre », nous assène un monsieur qui n’en a jamais livré aucune. Si ce n’est celle dans le bureau cloîtré de son ambition. Gouverner. L’orgueil de bien des Ponce-Pilate. L’honneur de quelques-uns. Rares.

Un mot, un seul. Guerre. Et l’entente sacrée est scellée. Un pour tous. Tous contre un. L’ennemi mondial numéro Un : le coronavirus version high teck, plus dangereux que ses cousins qui provoquent des rhumes inoffensifs. C’est oublier un peu vite que les hostilités ont été déclarées bien avant que nos corps deviennent un “champ de bataille”, siège d’un “conflit biologique” où force nous est faite de “mobiliser nos défenses” et où les “frappes doivent être ciblées”, afin de ” vaincre cet ennemi qui nous a pris en otage “.

Le recours aux métaphores militaires devrait toujours nous interpeller. Elles permettent de dissimuler les causes réelles d’un problème, à savoir la raison originelle de cette “guerre”, qu’il serait plus juste de définir comme une lutte ou un bras-de-fer sans merci dont nous sommes non pas les belligérants, mais les promoteurs, les acteurs, les spectateurs. Les victimes ? Rien de moins sûr ! Cela fait des mois qu’elles durent, les hostilités. Sans que nul ne songe à y mettre un terme en usant d’un confinement, démocratique celui-là.

A l’image de notre organisme. De fait, il incarne une forme supérieure de Démocratie, car ce qui le légitime n’est pas la sanction d’un vote minoritaire au détriment des désirs et aspirations d’une majorité, mais plutôt un accord mutuel, tacite et collectif. Pour le mettre en œuvre, il dispose de nombreuses corporations ! Chacune exerce son talent en fonction du rôle qui lui est échu et chacune dispose d’un habitat et d’un environnement qui lui sont spécifiques. Et toutes, cellule par cellule, travaillent pour le bien de tous et de chacun comme une société conçue et planifiée d’abord pour veiller au bien être collectif et dans laquelle chacun est valorisé suivant les caractéristiques et compétences qui lui sont propres. Un savoir que l’on n’apprend sûrement pas dans les Grandes Écoles !

Mais suffit-il de monter au balcon pour applaudir en désespoir de corps celles et ceux qui nous sauvent la peau en risquant de perdre la leur, les mêmes que l’on a laissés se démerder seuls quand ils appelaient au secours dans nos rues, pour se convaincre que ce virus va se casser la couronne sur notre propension à résister ? Suffit-il de mettre un masque, hypothétique s’il en est, ou de se laver les mains au gel hydroalcoolique ou encore de polémiquer jusqu’à la nausée sur qui a fait quoi ou aurait dû faire ? Encore que résister ne soit pas le terme adéquat. Un mot trop grand pour nous. Depuis des mois, voire des années, il s’est barré aux confins de notre courage.

Imaginons un instant que nous ayons opposé à la défaillance systémique en Macronie de la politique, que l’étymologie du grec ancien décortique en polis, la Cité, et techné, la Science, définissant ainsi la science du gouvernement de la cité, un refus, lui aussi systémique face à ce grandiose détricotage social, économique, sanitaire et culturel. Ce “parle à mon cul, ma tête est malade“, d’une gouvernance sociopathe. Celle-là même qui conchiait depuis des mois l’ensemble du personnel médical et lui trouve soudainement des vertus roboratives. Serrons-nous les coudes, mes frères, notre vie est entre vos mains. Ne lésinez pas sur votre dévouement. On vous filera des masques. Enfin peut-être…

Imaginons un instant que plutôt que de tapiner dans les rues pour y manifester semaine après semaine, sans rien y obtenir d’autre qu’une répression étatique exponentielle, nous ayons opposé un Non inconditionnel, renvoyant nos gouvernants dans les confins de leur mépris et de leur cynisme indécents. Mais non, chacun a préféré défendre d’abord et avant tout, son beefsteak. Les bourses s’effondrent, le pétrole également… Les marchés souffrent eux aussi d’hyperthermie, l’économie mondiale est contaminée. Et chacun de ses acteurs de boire la tasse. Remise à plat d’un système vérolé ? Ne rêvons pas… Chacun de ses protagonistes y lutte âprement pour sa survie.

Au fond, la différence entre capitalisme ultra-libéral et pouvoir d’achat est fallacieuse. Il s’agit toujours de pognon qu’il soit de dingue et amoral ou que l’on se retourne à fond les fouilles en espérant y dénicher quelques-euros. La peur du manque là aussi. Riches comme pauvres. Une peur entretenue qui nous tient par les couilles et nous fait accepter l’inacceptable. Un type “plébophobe” qui se prend pour Jupiter, le roi des dieux, écrivant l’épopée égotique de sa propre vie. Une gouvernance virale, liquidatrice de la nation, pourvoyeuse de drames collectifs et individuels, mais farouchement immunisée par ses propres antidotes, celles que nous ignorons mais supposons, des accointances et des bas de laine en réseau un peu partout, et celles que nous lui offrons gracieusement : notre résignation indignée et nos votes.

Nous sommes nos propres virus. Nous l’avons oublié. Comme nous avons oublié la Nature et tant d’autres choses. Notre pathologie, ancienne s’il en est, porte actuellement le nom de Macron. Elle en a eu et en aura d’autres, tant que nous serons pas maîtres de nos vies. Participer au bien-être de la société, oui. Mais pour récolter également le fruit de nos efforts et non pour devenir un outil de production, trimant pour le bénéfice de quelques-uns, sous la bannière d’un État Universel.

Chacun aujourd’hui, demain et des semaines durant, retient et retiendra son souffle, espérant, priant peut-être, que la route du Covid-19 ne croise pas son corps, ni celui de tous ceux qui lui sont chers. Confinement des corps et des cœurs.

L’Histoire se répète inlassablement. L’exode des villes vers les campagnes censées ignorer la pollution microbienne ; la grogne sociale des peuples éteinte ; la révocation des lois pour d’autres plus musclées ; la La crainte du manque qui en pousse beaucoup à des achats compulsifs, comme si accumuler des biens matériels dressait une barrière invisible, mais protectrice contre le pire. Stocker pour ne pas dépérir. Le rush sur le papier hygiénique comme l’indice du trouillomètre collectif ; la distanciation sociale, hier mise en quarantaine, aujourd’hui confinement, comme arme de dissuasion massive contre la pandémie. Un individualisme survivaliste de bon aloi qui nourrit subrepticement les égoïsmes nationaux et individuels. Protéger l’autre ou se protéger soi ? Et quid des SDF ? Confinés sur un banc ? Quid des migrants ? Confinés dans leur tente de fortune ou pire encore, dans un no man’s land barbelé, entre deux frontières bouclées ? Et nos vieux ? Confinés dans leurs mouroirs circonstanciés, au prétexte qu’ils sont soudain des trésors nationaux, menacés cependant d’eugénisme feutré, mais dont il faut prendre néanmoins grand soin, alors que tout le monde – plus ou moins – s’en foutaient royalement il y a à peine un trimestre. Quid du confinement de tous ces journalistes qui postillonnent leur opinion sur les plateaux de télé et se prennent pour des Icares dogmatiques de la vérité vs scientifique ?

Et tous actuellement, plus ou moins, comme dans ce conte soufi. Un homme ayant surpris une conversation dans une taverne de Bagdad, comprend que l’un des interlocuteurs est l’Ange de la Mort. Il décida alors de se mettre à l’abri loin de cet oiseau de mauvais augure et s’enfuit à bride abattue à Samarcande. Quatre semaines plus tard, l’Ange l’y attendait.

La Nature est terrible, sans morale, indifférente et souveraine. Si l’on prête aux dieux et aux hommes le pouvoir de pardonner parfois, celle-ci ne pardonne jamais et ne fait jamais rien d’inutile. Ce virus qui semble également doté d’une fonction messianique dans ce monde en plein délabrement, vient nous le rappeler. Rudement.

Nous sommes en guerre ? Vraiment ? Oui, je sais… ça fait chier ! Penser est nuisible pour la santé.

 

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott – 21/03/2020.
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