Oui… je sais, ça fait chier (5)

Oui... je sais, ça fait chier (5)

Une guerre a une drôle de vie. A l’inverse de celle des hommes que la Faucheuse cueille en gerbes de sang, on ne se rappelle jamais ou peu et mal de la date précise de sa naissance et encore moins, des causes qui ont présidé à sa gestation. Par contre, on se souvient parfaitement la date de sa mort,  ratifiée par un jour, une heure et une année et au bas du document officiel, une signature certifiée paraphe contre paraphe par des messieurs compassés. Les salauds d’hier y gagnent leurs médailles de respectabilité et se convertissent en édificateurs de lendemains qui, la vie reprenant ses droits, ses hauts et ses bas, ne chanteront victoire que durant le peu de temps que dure l’euphorie collective qui accompagne son enterrement.

Car la « mort » d’une guerre est la seule que l’on fête instantanément par une orgie quasi planétaire. On sort les drapeaux. Les culs secs des canons de pinard remplacent les tirs de mortier. Une biture extatique. Tout le monde embrasse tout le monde. Les corps et les cœurs battent à l’unisson jusque dans les actes de vengeance collective. On boit aux morts et à la paix retrouvée. Et bien sûr, on se jure que l’on ne recommencera pas. Jamais plus, mon pote !

Il y a soixante-quatorze ans, la seconde guerre mondiale tirait sa révérence. Depuis, plus d’une centaines de conflits armés, interétatiques ou civiles – le vocable guerre ayant perdu de sa légitimité au nom du marketing moral – ont déchiré bien des pays et des peuples et continuent à le faire, comptabilisant chaque année des millions de victimes1. Hier pour une expansion territoriale, aujourd’hui pour la maîtrise des ressources ou au nom d’un Dieu fourre-tout. Avec toujours en clé d’ut, le commerce prospère des armes et de la reconstruction. Une start-up inépuisable !

Entre l’extinction biologique et environnementale de la planète dont dans notre imagination, tels de Noé immortels, nous demeurons cependant les maîtres, et une guerre où nous jouerons les soldats de plomb, il est bon d’évoquer cette prédiction d’Einstein : « Je ne sais pas avec quoi se battront les guerriers de la troisième guerre mondiale, mais ceux qui feront la quatrième guerre mondiale se battront avec des pierres et des bâtons. »

Sauf qu’à la quatrième, il n’y aura peut-être plus grand-monde ni pour la faire ni pour fêter sa mort.

 

© L’Ombre du Regard, Mélanie Talcott – 19/08/2019 .
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1 – 231 millions de morts en 100 ans de guerres et conflits, selon l’étude de Milton Leitenberg de l’institut néerlandais de relations internationales Clingendael Institute. (mais ne comptabilise pas les victimes du capitalisme : 20 millions par an) – https://www.clingendael.org/…/20060800_cdsp_occ_leitenberg.…

Illustration de Bansky.

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