Le destin d’un livre auto-édité dépend-il en partie de sa visibilité sur les réseaux sociaux ? A chaque nouveau livre écrit et publié de manière indépendante et autonome, par choix assumé ou par refus, voire la plupart du temps par silence impoli, des éditeurs, l’enthousiasme au mieux, les illusions au pire, reviennent. La foi est faite de doutes. Les questions sont nombreuses et souvent, sans réponse.
Un récit donc à trois voix – la parole – et également à trois voies, le chemin : celle de Dante et Virgile, celle de Dominique Lebel et celle des protagonistes. Les cercles s’enchaînent, l’entonnoir se referme. Les vies se croisent dans cet univers clos, gluant, mesquin, sans d’autre relief que celui de la médiocrité des personnages en quête de tout et n’importe quoi sauf d’eux-mêmes. Une plongée en apnée dans un monde qui nous ressemble !
Entre deux mondes est en fait le portrait cuisant de notre monde. Et il y a fort à parier que l’on visite « livresquement » cette Jungle qui « n’est pas le jardin d’Eden », comme nos aïeux, gantés et chapeautés de leurs certitudes, visitèrent autrefois les zoos humains lors des expositions universelles qui eurent lieu à Paris en 1878, 1889 et en 1931, tout comme il y a fort à parier que nos politiques le cloueront au mur du ni lu ni advenu.
« — Pourtant… Pourtant, continue-t-il en nous contemplant d’un air pensif, je suis un monde, comme vous en êtes un, comme toutes ces personnes que l’on croise fugitivement chaque jour, que l’on ne reverra jamais mais avec qui on partage d’un seul regard un peu de notre univers. Moi, çà me fascine ce puzzle. J’ai vingt-deux ans à peine, mais je suis un vieil enfant, je suis déjà blindé, cicatrisé et couturé de partout. Un jour, peut-être parce que j’avais fumé un joint, l’arlequin a explosé et moi avec. La vision que mon corps et mon âme flottaient dans ce puzzle bigarré. J’ai flippé sec. J’ai longuement réfléchi ensuite comment réunir les pièces de ce mantra, être intègre et fidèle à mes convictions. La réponse fut une évidence : faire ce que je veux, comme je le veux, quand je le veux. Vivre mes rêves les yeux et le cœur grands ouverts. « La charité avilit qui la pratique et corrompt qui la reçoit. », comme le disait Norman Béthune. La jeunesse n’a pas besoin que l’on soit charitable avec elle. Elle a besoin qu’on l’aime et la respecte. »
….Vijay Ramalingam avait tellement vu de corps de suicidés, des femmes surtout qui se donnaient la mort en se pendant à un ventilateur, qu’il eut l’immédiate certitude qu’elle s’était pendue avec un foulard ou un linge quelconque, avant que l’évidence ne chasse la logique des apparences. Quelqu’un avait pris la peine non seulement de déposer son corps sur un linceul de fleurs, mais aussi de répandre autour quelques pièces de monnaie et du riz safrané. Quelqu’un qui avait assisté ou organisé ce suicide et qui connaissait les rudiments des rites funéraires indiens et s’était efforcé de respecter, du moins à sa manière, la défunte dont le visage exprimait étrangement plus la sérénité que la peur. Il soupira, se demanda pourquoi cela ne l’étonnait jamais que bien des personnes que l’on qualifiait avec une vénération non dénuée d’envie d’extraordinaires, finissent un jour ou l’autre par se retrouver dans une poubelle, sortit son mobile indien BSNL et appela son supérieur, Ravi Kumar.