Si le vigneron élève son vin, cette vierge qui vous pisse dans le gosier, protégeant sa jeunesse et ménageant sa sénilité, le dotant d’un corps bien en chair ou maigre et fatigué, voire teinté d’érotisme puisqu’il peut être féminin et fessu, avoir du courage et de la cuisse, être de surcroit voluptueux et caressant, tendre…
Les mots naissent, vivent et meurent… Certes, entrer dans les dictionnaires leur confère une pérennité, mais cela ne les délivre pas de l’oubli. Hier, colorés et goûteux, aujourd’hui en passe de se réduire à des sigles ou à leur simple phonétique pacsée en acronymes ou en abréviations plus ou moins lumineuses, ils n’en demeurent pas…
Une fellation imposée décrite avec une précision anatomique, sans effet de style, Une semaine de vacances, le nouveau roman de Christine Angot débute par effraction. Cette brillante manchette, toute chaude d’hier, avait des allures de faire-part d’une dramaturgie psy à trois balles. Philippe Lefait joua à qui perd gagne avec le mot inceste pour éviter de le prononcer, lui préférant celui, plus clean, de crime, tant présenter ce livre qui redit la loi, nous a-t-il rassuré, et dont l’auteur me priva avec brio de toute envie de le lire, semblait pour le producteur des Mots de Minuit relever plus de l’exercice médiatique parisianiste ordonné que librement choisi.
D’année en année, l’été se rétrécit. A peine terminée l’année scolaire, cartables et cahiers font déjà leur mannequinat studieux aux rayons des supermarchés, tandis que Bison futé, le GPS du peuple en transhumance, nous peaufine méticuleusement des départs et des retours flashés aux radars. Le soleil n’est plus que cancer de la peau et déshydratation mortifère. La canicule, période climatique normale dans laquelle le paysan d’autrefois était capable de prédire la couleur des saisons et des moissons, nous fait virer à l’orange de la vigilance, entre sécheresse implacable et crépitement d’orages électriques. Tout est menace, tout est problème, tout est déprime. On se sentirait presque coupable de cette jouissance estivale aux senteurs libertaires qui nous froufroutent des frémissements procurant à la vraie vie, un sale parfum d’amertume. Hélas, la météo médiatique, fatiguée de subir cette censure solaire, a tôt fait de nous rappeler qu’elle est aux ordres d’un ciel entoilé de tourmentes terrestres, promptes à enténébrer notre laborieux quotidien.
Avec générosité et également prudence, Matéo Maximoff nous enseigne qui est son peuple, les Roms Kalderash. Il en dévoile la structure, la famille, ciment social de la communauté, soumis à l’autorité patriarcale. Il nous explique sa hiérarchie et les règles strictes qui la régissent