« La pire chose est quand le crime devient normal, quand tu ne perçois plus chaque meurtre comme le premier commis au monde. Ça veut dire que tu es habitué, c’est une maladie, mais qui te permet de continuer à vivre. » Hakan Günday, Encore Les migrants sont des proies. Spoliés de leur vie, expulsés…
Écrire la douleur pour ne pas se laisser entraîner dans son cyclone destructeur, pour conjurer cette envie d’anéantissement qui habille chaque cri, chaque sanglot, quand la réalité vous ramène dans cet interstice d’un temps qui semble désormais s’être figé pour l’éternité entre l’avant et l’après. Écrire pour ne plus sentir dans sa chair ce lent…
Un livre qui nous ramène à l’actualité d’aujourd’hui, à tous ces hommes et ces femmes qui fuient leur pays. Des personnes sincères et d’autres qui le sont moins, voire pas du tout, mais qui au moment de « se retrouver dehors », se posent certainement toutes la question que Timeri N. Murari prête à son héroïne : « Derrière nous, nous laissions la sécurité de notre prison. Mes cousins n’avaient jamais quitté ni leurs maisons ni leurs familles, et ils s’apprêtaient à échanger des dangers connus contre des dangers inconnus. Il ne nous restait plus que quelques pas à faire pour nous retrouver dehors, mais tels des oiseaux ou des animaux qui voient la porte de leur cage ouverte, nous fûmes saisis de méfiance. La liberté qui nous attendait de l’autre côté était-elle un piège ? »
Prières obligatoires, délation, rafles, tortures, exécutions capitales et publiques, lapidations, décapitations, examen de conscience, vêtements uniques – burnis pour les garçons, burniqab pour les filles – bouillies infâmes, marché noir, plaisirs pieux sans plaisir pour le peuple lobotomisé et dégénéré dans sa quintessence, pasteurisé par la foi en ce dieu unique, Yölah dont Abi est le prophète… Privilèges et magouilles, coups fourrés et meurtres, compromis et trahisons, richesse démesurée pour les apparatchiks du pouvoir, qu’ils soient bornés comme les sbires de la pensée, les Mockbas ou retors comme les manipulateurs suprêmes les Honorables, « des demi-dieux en somme, immortels, omnipotents, omniscients. », le pays imaginaire de Sansal, l’Abistan, n’est pas sans rappeler toutes les abominations inventées et commises par des autocrates et autres führer depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations.
La rentrée littéraire, c’est comme celle des mômes. C’est devenu un rite médiatisé. Les livres cuvée 2015 remplacent les cartables neufs et les chroniqueurs de tous poils affûtent leurs mots comme les gosses taillent leurs crayons. Après les vacances, on reprend le chemin de l’école, les bons ou les mauvais points planqués sur les pages…