Le destin d’un livre auto-édité dépend-il en partie de sa visibilité sur les réseaux sociaux ? A chaque nouveau livre écrit et publié de manière indépendante et autonome, par choix assumé ou par refus, voire la plupart du temps par silence impoli, des éditeurs, l’enthousiasme au mieux, les illusions au pire, reviennent. La foi est faite de doutes. Les questions sont nombreuses et souvent, sans réponse.
Un récit donc à trois voix – la parole – et également à trois voies, le chemin : celle de Dante et Virgile, celle de Dominique Lebel et celle des protagonistes. Les cercles s’enchaînent, l’entonnoir se referme. Les vies se croisent dans cet univers clos, gluant, mesquin, sans d’autre relief que celui de la médiocrité des personnages en quête de tout et n’importe quoi sauf d’eux-mêmes. Une plongée en apnée dans un monde qui nous ressemble !
Entre deux mondes est en fait le portrait cuisant de notre monde. Et il y a fort à parier que l’on visite « livresquement » cette Jungle qui « n’est pas le jardin d’Eden », comme nos aïeux, gantés et chapeautés de leurs certitudes, visitèrent autrefois les zoos humains lors des expositions universelles qui eurent lieu à Paris en 1878, 1889 et en 1931, tout comme il y a fort à parier que nos politiques le cloueront au mur du ni lu ni advenu.
Douleur, douceur… ainsi pourrait se résumer l’itinéraire monstrueux de la Moretta, la noiraude.
Pour passer de l’une à l’autre, il suffit d’un rien, d’une inattention lexicale. Non pas la plus évidente et stoïque qui consiste à substituer une lettre par une autre, mais celle que l’insouciance heureuse, qu’elle soit d’enfance ou d’un instant fugitif d’un bonheur simple, provoque à son insu. Le regard étonné qui se détourne, le rire qui efface la prudence, la vigilance qui s’échappe et la douleur se substitue à la douceur. Arrive alors l’impensable.
Sans déconner Fred ! Pars vite et reviens tard. Romps tes cercles bleus, fous en l’air tes lieux incertains, délaisse les bois éternels, oublie les morts et leur Morituri, ils ne saluent jamais, fuis les vents de Neptune, ne poursuis plus les armées furieuses, ni personne d’ailleurs. L’amour est tragique, tout le monde le sait, ne joue donc pas avec la mort. Laisse tomber ce qu’il y a à droite, tu n’y trouveras rien. A gauche non plus. Sans feu ni lieu ou alors peut-être un homme à l’envers. Barre-toi quand l’intranquillité s’en vient hanter tes rivages comme une putain frivole. Cesse de faire ta Pénélope du Rompol, cesse de faire du Fred Vargas. Refuse d’être un écrivain dont le succès est devenu le métier. Plaire au plus grand nombre engendre souvent l’affadissement de l’œuvre et l’installation insidieuse d’un goût standardisé. Un jour, tu seras piégée. Mais il sera trop tard et Jean-Baptiste Adamsberg sera ton assassin.