Il est des livres qui laissent un mauvais goût en bouche, non pas qu’ils soient nuls, cela arrive hélas, mais parce qu’ils mettent le doigt sur des choses dans lesquelles on n’aime pas trop mettre le nez, tellement ça pue. A quoi ça sert de remuer le passé, entend-on souvent. Laissons le donc là où…
L’état des lieux que vous dressez de notre planète, aussi littéraire et talentueux soit-il, est consternant de continuité, car inhérent à tous les temps de l’humanité. Ghachimat aurait pu être un village français ou espagnol, albanais ou serbe, libanais ou libyen, somalien ou syrien quand la victoire des uns vient régler des comptes à la défaite des autres. Le plus terrible – que vous explicitez fort bien – est que les hommes s’oublient par lâcheté et tuent presque par désœuvrement, avant que d’y prendre goût.
Une fellation imposée décrite avec une précision anatomique, sans effet de style, Une semaine de vacances, le nouveau roman de Christine Angot débute par effraction. Cette brillante manchette, toute chaude d’hier, avait des allures de faire-part d’une dramaturgie psy à trois balles. Philippe Lefait joua à qui perd gagne avec le mot inceste pour éviter de le prononcer, lui préférant celui, plus clean, de crime, tant présenter ce livre qui redit la loi, nous a-t-il rassuré, et dont l’auteur me priva avec brio de toute envie de le lire, semblait pour le producteur des Mots de Minuit relever plus de l’exercice médiatique parisianiste ordonné que librement choisi.
Avec générosité et également prudence, Matéo Maximoff nous enseigne qui est son peuple, les Roms Kalderash. Il en dévoile la structure, la famille, ciment social de la communauté, soumis à l’autorité patriarcale. Il nous explique sa hiérarchie et les règles strictes qui la régissent
Qui est victime, et de qui ou de quoi ? Qui est complice, et de qui ou de quoi ? La mère victime de son enfance déchirée et austère, de son éducation rigide, collaboratrice de sa foi bigote, de son mariage sans épanouissement, ou de son choix, consenti plutôt que subi, de se planquer derrière la multiplicité des taches quotidiennes et des convenances, de son refus à s’impliquer dans sa propre vie et de rompre enfin avec le monde qu’elle s’est patiemment construit afin de s’exiler volontairement de celui où elle existe et qu’elle désespère de contrôler au prix de son propre anéantissement ?