Le jeu des chaises musicales turco-européen

A cause de l’humus judéo-chrétien colporté par l’Église qui fut la fondatrice de l’esprit colonialiste et mercantile à tout prix, l’hégémonie occidentale s’est exportée partout sur les cinq continents, armes à la main, afin de construire ce que nous nommons un « État de droit civilisateur ». Civilisateur ? Vraiment? A partir d’un état d’entreprise dont le but est de faire du pognon à tout prix ? Au prix de n’importe quelle liberté, sans aucun respect des cultures autochtones et multiples. C’est avec la même attitude hégémonique qu’en France, on a stérilisé toute la richesse de ses différences. Il n’y a plus de Bretons, de Cévenols, de Normands, de Provençaux, d’Auvergnats, etc. Nous ne sommes plus que des producteurs-consommateurs qui via la religion chrétienne à dominance catholique, ont été formatés par un autre intégrisme, celui de la démocratie. Nous obéissons à des dogmes, aujourd’hui vidés de leur substance, et dont les principaux sont la liberté, l’égalité, la fraternité, la République, la laïcité, l’Europe. Des mots hégémoniques que l’on veut imposer de manière à engrosser un terreau mercantile afin de créer et d’ouvrir de nouveaux marchés. L’Europe se mêle donc de tout en notre nom, individuel et collectif, et en bafouant la souveraineté de chaque pays. Elle nous dicte comment penser, comment légiférer nos nations suivant le modèle de ses lois démocratiques, à travers des institutions juridiques européennes qui décident de tout. Tel pays prend la tangente et ne marche pas dans ses clous, et ils sont nombreux, tel autre, comme la Chine, se contrefout de nos indignations occidentalisées ou encore, font cavaliers seuls au nom de la souveraineté de leurs intérêts, comme la Hongrie et la Slovaquie en ce qui concerne les vaccins contre la Covid19… Et tout le monde de râler à cor et à cri, de les rappeler aux ordres – comme Macron qui s’est fait le champion des remontrances « in live » au plan international. Et tout le monde aussi de laisser faire jusqu’au moment où cela n’arrange plus personne.

Ainsi sont tombés quelques dictateurs, entre autres Saddam Hussein et Kadhafi, qui avaient été reçus en grande pompe par ceux-là même qui les ont trahis, alors que d’autres comme Bachar El-Assad continuent tranquillement leurs basses œuvres. En outre, cette soi-disant liberté dont on jouit dans les pays démocratiques n’a pas la même valeur pour tout le monde. Il y a une médecine à trois vitesses, une éducation à trois vitesses, une justice à trois vitesses ou encore une morale à trois vitesses. Bref, une liberté sur dérailleur dans la majorité de ces pays qui néanmoins se disent évolués ! Sans parler des émigrés de toutes couleurs, nationalités cultures et religions, souvent considérés exponentiellement comme des individus de troisième, de quatrième, voire de nième catégorie.

Ainsi en ce moment même où la polémique enfle entre la diplomatie turque et celle de l’Union Européenne et où l’on brandit les droits de l’Homme et l’égalité entre les deux sexes au nom d’un sofa délictueux, qui se préoccupe de ce que chars allemands, hélicoptères de combat italiens, missiles norvégiens et armes françaises indéterminées équipent l’armée d’Erdogan ou que des ogives nucléaires américaines soient pointées de son sol en direction de la Russie ?

Certes il est légitime de s’offusquer de ce pathétique coup du fauteuil musical où deux mâles ont brillé de muflerie affichant ouvertement un manque de courtoisie genrée, mais cela suffit-il pour en expliquer la cause ? Le dessous des cartes, comme dirait l’autre ! Laissons de côté la prestation physique de ce balourd de Charles Michel dont la gestuelle avoue qu’inconsciemment, il était parfaitement au parfum de ce qu’il faisait. Reste cette humiliation sexiste infligée par un chef d’État à la réputation sulfureuse, c’est le moins que l’on puisse dire, à une personne qui incarne une institution technocratique fantoche, non élue par le peuple, insatiable donneuse de leçons sans faire preuve pour autant d’exemplarité, et qui jouit d’un pouvoir exécutif considérable au sein de ce péplum à grand spectacle qu’est l’Union européenne.

Erdogan est la bête noire de l’Europe. Avec raison. Mais il joue aussi malheureusement le rôle de l’idiot utile. On a coutume d’évoquer, à propos des migrants, le chantage d’Erdogan : pognon européen et soutien de l’Otan contre ghettos à la turque pour migrants. C’est oublier un peu vite que la Turquie a absorbé la plus grande part de ces réfugiés politiques et économiques (près de 4 millions)1, ce qui implique une charge financière considérable et difficile à assumer pour la population turque, souffrant elle-même de précarité. Notre brave Europe qui avait promis une aide de six milliards d’euros à la Turquie, renégocie sans cesse cet accord de négriers en col blanc, via actuellement les voix de Ursula Von der Leyen et de Charles Michel, en y ajoutant codicille sur codicille, tout en se foutant royalement du sort des réfugiés qui croupissent dans des camps et dont on se débarrasse comme on se débarrasse des déchets nucléaires en les exportant sous d’autres cieux et dans les sols de pays moins regardants quant à leur dangerosité. Ce qui ne l’empêche d’avertir Ankara que pour « Bruxelles les droits de l’homme ne sont pas négociables ! »2 Des mises en garde velléitaires qui se contentent de discours moralisateurs, occultant – pas un mot sur les plateaux de télé après ce consternant #metoo à la turque – la réalité que vivent quotidiennement les Turcs, victimes de multiples répressions quotidiennes.

Qui rappellera à cette brave Europe que l’Empire ottoman a été dépecé par ce même hégémonisme occidental au nom de ses intérêts d’alors ? Qui rappellera à l’Union européenne, à Madame Von Der Leyen, à Monsieur Charles Michel et au chœur de braillards et pleureuses qui en font partie, qu’ils ont laissé tombé les Kurdes après les avoir utilisés, qu’ils n’ont pas levé le petit doigt lors de la récente agression du Haut-Karabakh où deux mille cinq cent combattants arméniens ont trouvé la mort avec la bénédiction d’Erdogan. Ah si ! Après avoir maudit toute ingérence extérieure et évoqué par la voix de Macron : « ceux qui parfois poussent telle ou telle partie à aller au-delà du raisonnable » (!!!!), masques bien ancrés sur le nez, ils se sont tapés mutuellement sur le coude en se félicitant du cessez-le-feu. Depuis, entre autres, il y a eu le fiasco sanitaire des vaccins…

Au fond quand on vit à genoux, peut-on se plaindre que l’on omette volontairement de vous tendre un siège ?

© L’Ombre du Regard Ed., Mélanie Talcott –10/04/2021
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Notes
1. -soit bien plus que le Liban, la Jordanie, l’Égypte ou d’autres pays d’accueil parfois situés hors du Proche-Orient
2- https://www.lesechos.fr/monde/europe/bruxelles-previent-ankara-que-les-droits-de-lhomme-ne-sont-pas-negociables-1304605.

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